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Interview

Rubin Steiner - Punk du Dancefloor

Samedi, 14 Juin 2008

Chaque album de Rubin Steiner est l'occasion de découvrir l'une de ses nouvelles pérégrinations musicales. Des hits étranges, deux reprises et une chanson d'amour ! Voilà ce qui vous attend pour ce cinquième opus. Gros plan sur cet artiste atypique.


 


Au regard de ta discographie, tu as un côté touche à toutÂ…Quelle est ton approche de la musique ?
Rubin Steiner :
Cette question n'est pas simple : tu voudrais connaître mon approche de la musique au regard de ma discographie et de mon côté touche à tout, ce qui sous-entend que mon côté « touche à tout » n'est pas satisfaisant en terme de réponse... Tu as certainement raison, mais pourtant dans « touche à tout », il y a « tout », ce qui n'est pas rien en soi. Je n'ai pas le sentiment de toucher à tout, enfin, j'imagine que tu veux parler du fait que j'ai pu faire des musiques difficiles à ranger dans un style précis. Tu sais, dans mes disques, on entend surtout des samples de library music et d'exotica avec des boîtes à rythmes un peu dansantes jusqu'à l'album Drum Major ! en 2005, et du proto-rock à synthétiseur sur le nouvel album. Mon approche de la musique jusqu'à ce dernier album a été une décennie d'essais sur logiciels audio, de tentatives d'agencements de samples hétéroclites et une volonté de faire sonner le vieux comme du neuf, et le moderne comme du vieux. Mais faire entendre un sample de 1958 avec une rythmique actuelle, en faisant en sorte que le sample ait un écho actuel et que le rythme donne l'impression de provenir d'une époque en noir et blanc, c'est quelque chose qui m'a lassé au bout d'un moment. La musique vue sous cet unique angle, c'est comme une recomposition permanente, une recomposition ludique mais, au bout du compte, assez peu enrichissante personnellement. J'avais envie pour ce nouveau disque de me confronter à moi seul, et n'utiliser que ma cervelle pour faire de la musique. Résultat : ma cervelle est pleine de guitares, de basse, de batterie et de synthétiseurs !

Ton nouvel album Weird Hits, Two Covers & A Love Song sonne plus rock. Que penses-tu de la scène rock actuelle ?
Rubin Steiner :
La scène rock actuelle est vaste. Je n'en connais qu'un bout. Et ce bout me plaît car j'ai choisi d'ignorer les choses que je n'avais pas envie d'écouter pour me concentrer uniquement sur les musiques que j'avais envie d'emporter avec moi dans ma vie. Mon observation est donc plutôt positive, on invente toujours des nouvelles choses dans le rock aujourd'hui, il suffit juste de chercher un peu et de garder ce recul nécessaire que l'offre monstrueuse ces dernières années a tendance à nous enlever. Quand je parle de « rock », je parle bien entendu de musique au sens très large.

Comment as-tu travaillé sur cet album ?
Rubin Steiner :
Sur cet album, j'ai travaillé de manière complètement différente que par le passé. J'ai d'abord enregistré des parties de guitares que j'ai orchestrées grossièrement en midi dans mon ordinateur (en général midi pour ceux que ça intéresse), en ajoutant des fausses batteries, des fausses basses, des faux claviers, etc., avec des sons intentionnellement pourris, afin d'être sûr d'être obligé de tout réenregistrer en vrai par la suite, avec l'aide de mes amis du Neue Band - les mousquetaires qui jouent avec moi sur scène. J'avais donc des titres quasiment terminés sous la forme de mauvaises versions de type karaoké avant qu'on enregistre. J'espère que jamais ces brouillons ne se retrouveront sur Internet, il y a de quoi rigoler... Ensuite, on a enregistré de manière plus qu'artisanale à la maison, je n'en reviens toujours pas que ça sonne de cette manière au bout du compte.

Comment on passe du studio au live ?
Rubin Steiner :
Sur ce disque, tout est joué en live, donc il a juste fallu réinterpréter les titres sur lesquels il y a deux basses, deux batteries, trois guitares et quatre synthés car nous ne sommes que cinq sur scène... ce travail du passage à la scène pour ce disque est assez excitant car on peut facilement se permettre de jouer les morceaux de manière totalement différente à chaque concert. Ce qui était beaucoup plus difficile à faire avant (même si les versions étaient différentes des versions album), car il y avait quand même beaucoup de machines, des samples et un tempo figé par l'ordinateur sur scène.

Tu différencies donc beaucoup la scène et tes albums d'une manière généraleÂ…Comment travailles-tu ton live ?
Rubin Steiner :
Sur les tournées précédentes, il était essentiel de montrer que malgré toute cette informatique musicale, il y avait de l'humain derrière la musique. Faire de la musique à la maison avec un ordinateur est une chose, jouer de la musique en direct en est une autre, et les deux sont essentielles pour moi. Je ne sais pas si je les différencie dans la pratique (dans les deux cas, il s'agit avant tout de faire de la musique), mais c'est vrai qu'il y a quelque chose de solitaire dans l'écriture qui devient beaucoup moins invivable lorsque tu sais que tu existes aussi en groupe sur scène. Mon dernier album est une histoire très personnelle alors que les concerts sont l'histoire de 5 personnes. Sur scène, Rubin Steiner, ce n'est plus moi, c'est nous 5.

Pourquoi ce titre évocateur ? C'est ironique ?
Rubin Steiner :
Bah, en réalité, ce n'est pas ironique, c'est même tout le contraire ! Ce disque ne parle que de musique, à différents niveaux. La pochette et le titre font partie du discours. J'ai voulu concentrer le propos sur la musique elle-même, et le titre annonce pleinement la couleur.

Tu fais donc ton auto-promo !
Rubin Steiner :
Pourquoi ? Parce que je clame haut et fort que ce sont des « hits » ? Bah oui ! Si je n'étais pas persuadé moi-même de faire des tubes interplanétaires, j'arrêterais tout de suite ce métier ! Cela fait dix ans que ça dure et heureusement que je le pense parce que ça fait au moins une personne qui le pense. L'ironie du titre est justement là : si ce n'est pas moi qui le dis, qui va le dire ?!! Bon, après, si je vends 5 millions d'albums, ce sera évidemment grâce au titre. C'est bien connu, les gens sont nigauds, il faut tout leur expliquer.

Les critiques te classent plutôt à part dans le paysage musical français. Tu penses l'être ?
Rubin Steiner :
Je ne sais pas. En tout cas, n'ayant jamais appartenu à aucune « tribu » ni à aucun courant de mode (et n'ayant surtout jamais fait un « tube »), je suis assez détendu avec l'avenir et la manière dont je travaille. Je ne suis pas trop associé à un style de musique et j'ai un public très hétérogène, en cela oui, je suis peut-être à part, mais je ne connais pas assez bien ce fameux paysage français qui, selon moi, est d'une pluralité incroyable. Si on pense aux French Cowboy, à SebastiAn, aux Elderberries, à Kim, aux Prototypes, à Sébastien Tellier, Katerine, Dominique A, Zombie Zombie, enfin..., à tous les groupes qui ont une actualité aujourd'hui, j'ai l'impression que chacun d'entre eux est à part, unique, singulier, et talentueux.

Et l'appellation « Punk du dancefloor », ça t'évoque quoi ? Tu trouves la musique d'aujourd'hui trop formatée ?
Rubin Steiner :
Absolument pas ! La musique formatée aujourd'hui, c'est la musique qui passe sur les radios généralistes et grand public. Des radios que ni toi ni moi n'écoutons, car nous aimons la musique, ce n'est pas juste un passe-temps ou un loisir. A partir du moment où la musique devient autre chose qu'un gadget à mettre dans son téléphone portable, il me semble qu'on sort d'un état spongieux et qu'on va chercher soi-même la musique dont on a besoin. Le pourcentage de musique « formatée » est très faible comparé à la vraie musique. Mais c'est toujours la même histoire, il y a la bonne et la mauvaise musique, mais c'est la mauvaise qui nous arrive le plus souvent dans les oreilles. La bonne musique, il faut aller la chercher. Et ce n'est pas bien difficile. Pour en revenir à ta question, l'idée de faire danser les gens sans utiliser les codes grossiers de musique de boîtes de nuit ou de tuning me plaît beaucoup. Je ne suis pas le seul d'ailleurs; cette appellation « punk du dance floor » peut aussi s'appliquer à un grand nombre de groupes (que j'aime beaucoup au passage).

C'est quoi aujourd'hui être punk ?
Rubin Steiner :
Déjà à l'été 1977 ça ne voulait plus dire grand chose, alors aujourd'hui... Faire ce qu'on peut avec ce qu'on sait faire, et essayer d'aller au bout de ça, voilà une définition possible. Ne pas essayer de coller aux modes, faire ce qu'on veut et se persuader qu'on a raison de le faire. S'enthousiasmer et foutre le bordel, tout en gardant une oreille sur la musique qui sort des instruments.

Il y a des gens avec qui tu aimerais collaborer ?
Rubin Steiner :
Oui bien sûr. Mais je ne sais pas sous quelle forme. J'aimerais un jour être musicien dans un groupe. Enfin, musicien "anonyme"..., être au service des autres.

Pour conclure, vu que tu sembles avoir une double personnalité artistique (Album/Live), on va faire une interview à double choix pour essayer de mieux te connaîtreÂ… Pour toi, c'est mieux :

- Jouer en province ou à Paris ?
Sur les 250 concerts qu'on a faits ces dernières années, on a dû jouer moins d'une dizaine de fois à Paris. Pour moi, ça n'est pas un critère, il n'y a rien à comparer.

- La reconnaissance de tes pairs ou vendre beaucoup de disques ?
Vendre des disques n'est pas une fin en soi lorsqu'on fait de la musique. Je n'ai jamais ressenti de gloire ou de satisfaction en vendant des disques. Les commentaires élogieux me touchent beaucoup par contre. Et les commentaires assassins peuvent me mettre le moral dans les chaussettes.

- Variété ou pop ?
Je ne connais pas la variété. Ça ne m'intéresse pas du tout. Par contre, la pop fait partie des styles de musique que j'aime, oui.

- Hip hop ou rock ?
Les deux. Avec le filtre de mes goûts. J'aime un certain rock, et j'aime un certain hip hop.

- Jazz ou électro ?
Voir réponse précédente. Dès que ça flirte avec la variété, mes oreilles se bouchent d'elles-mêmes.

- Concerts ou soirées (clubbing, DJ setÂ…) ?
Concerts et soirées, voir réponses précédentes.

- Machines ou instruments ?
Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse.

- Jour ou nuit ?
La nuit je dors.

- Habiter en ville ou à la campagne ?
J'ai fait les deux : et j'ai finalement choisi d'habiter en ville. Si un jour on a les moyens, on aura une maison à la campagne, pour les vacances.

- Vinyle ou CD ?
Le vinyle, parce que j'aime l'objet. Après, qu'importe le support, du moment qu'on puisse écouter de la musique. Au bout du compte, c'est ce qu'on a dans la tête qui est important.

- Télévision ou radio ?
Radio avant 20h, télévision ensuite, si ça en vaut la peine. Et pour la radio, ça se limite à France Info. Mais beaucoup. Vraiment beaucoup.


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Par Sleman Osta // Photo : Philippe Lebruman.



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Commentaires

Les commentaires sont modérés.
  • billy le fou - Vendredi, 25 Juillet 2008

    j'ai eu la grande chance de connaître le rubin dès 2002... dèjà à l'époque, ils mettaient le feu partout où il passait... je conseille à tous ceux qui adorent faire des bonds, chanter (ou hurler !), danser et faire la fête d'aller voir le ru-ru et sa band... c'est inoubliable !

  • Jean - Lundi, 16 Juin 2008

    ENFIIIIIIIN Oui ça fait plaisir de voir un mec qui aborde la musique intelligement. Donc oui oui et bravo brain.

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