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Interview

Mayer Hawthorne - My Nerdy Chéri Amour

Mardi, 24 Novembre 2009

Depuis la sortie de A Strange Arrangement, les critiques musicaux d'ici et d'ailleurs l'ont érigé au rang de « révélation soul rétro de 2009 ». Nombreux sont ceux qui ont succombé à son petit style, ses grosses lunettes et ses jolies mélodies. Originellement side project pour-de-rire, l'album d'Andrew Mayer Cohen, avec ses douze love songs façon Motown 2.0, s'est imposé comme disque de l'été pour tous les jeunes aficionados de faux vintage, de fluo, de skate et d'amours compliquées. Mitigée, je suis allée m'entretenir avec ce charmant garçon de sa musique, de son amour des vinyles et du dernier album de Phoenix, de sa ville d'origine (Detroit), et de celle où il réside aujourd'hui (Los Angeles).



A ton avis, qu'est-ce qui surprend le plus les gens : que tu sois un « home studio guy multi-instrumentiste » ou un « blue-eyed soul singer » ?
Mayer Hawthorne : J'ai toujours fait de la musique de cette façon. J'enregistre tout moi-même dans ma chambre, à la maison. Je compose la musique, je joue presque toutes les parties instrumentales, j'écris les paroles, et je chante toutes les voix. C'est comme cela que j'aime travailler, et même si j'avais le plus gros budget possible à disposition pour faire un album, je le ferais quand même comme ça. Ce qui surprend généralement les gens c'est mon physique. Ils ne s'attendent pas forcément à voir arriver un blanc-bec et beaucoup pensent que ma musique est d'époque. Même Peanut Butter Wolf qui m'a signé chez Stones Throw Records pensait que le disque que je lui faisais écouter était un vieux CD que j'avais trouvé. Quand je lui ai affirmé que c'était ma musique, il a cru que j'en possédais les droits... J'ai dû insister pour qu'il comprenne que c'était ma création, que je l'avais écrite moi-même. Mais c'est une remarque qu'on me fait régulièrement.

En live pourtant tu dois bien te résoudre à être accompagné. Comment choisis-tu les musiciens qui jouent avec toi ?
Mayer Hawthorne : Le groupe avec lequel je joue en live est entièrement composé de mes musiciens-préférés-au-monde. J'ai vraiment beaucoup de chance. Même si on m'avait donné la possibilité de choisir n'importe quels musiciens en piochant dans n'importe quel groupe existant, j'aurais choisi ces gars-là. Beaucoup d'entre eux ont grandi avec moi et viennent d'Ann Arbor, près de Detroit dans le Michigan. Je les connais depuis toujours et il s'avère que ce sont les meilleurs. Je compose ma musique dans mon coin mais ce sont les seuls en qui je place ma confiance pour la jouer en live.

Ta musique crie ses influences. Quel était ton but avec A Strange Arrangement : faire du neuf avec du vieux ?
Mayer Hawthorne : Je voulais créer un album qui donne un sentiment intemporel. Je voulais que les gens ressentent la même chose que lorsqu'ils écoutent un classique de la Motown, de Isaac Hayes ou de Barry White. Mais c'est important que cela sonne neuf, car c'est une nouvelle musique qui s'adresse à une nouvelle génération. Je veux que les jeunes gens qui l'écoutent sentent que c'est leur musique et pas celle de leurs parents.

Tu as quand même piqué les vieux vinyles de ton papa pour faire ton éducation musicale. C'est un format qui t'est cher, est-ce que tu as prévu plusieurs éditions vinyles pour cet album ?
Mayer Hawthorne : Non, on a pressé qu'une édition pour les US, qui a ensuite été importée. Nous avons fait ce choix surtout par nécessité car il y en a de moins en moins qui sont pressés. Le vinyle est en train de mourir doucement depuis trente ans. Pourtant, les vinyles sont très importants pour moi, bien plus que ne peuvent l'être les CDs. Si tu veux tout savoir, quand j'ai signé chez Stones Throw Records j'ai eu une réunion avec les membres du label. Ils m'ont demandé ce qui me tenait à coeur pour cet album, quels buts je voulais atteindre en le réalisant. J'ai répondu que ce qui comptait pour moi c'est que l'album soit pressé en vinyle. Après, le reste n'avait pas grande importance. Je suis un « vinyl guy ». Tout sonne toujours mieux en vinyle.

Tu collectionnes les vinyles, tu dis qu'ils te rappellent tous un moment de ta vie...
Mayer Hawthorne : Oui, mes disques ont tous une histoire à raconter. Quand j'en passe un, je pense toujours à la façon dont je l'ai découvert, à la personne qui m'a conduit vers cet artiste, à la fois où j'ai assisté à son concert, avec qui j'y étais, etc.

Est-ce qu'il y en a un qui ne t'évoque pas forcément un moment passé mais qui, plutôt, te projette dans l'avenir, un « futur souvenir » en quelque sorte ?
Mayer Hawthorne : Je dirais Metamatic de John Foxx (extrait). C'est un album des années 80's avec un son très futuriste, de la new wave avec beaucoup de synthés. Je travaille en ce moment sur un nouveau projet avec un ami producteur de Detroit, un album de new wave moderne, de la new new wave j'ai envie de dire ; et Metamatic est une grande source d'inspiration.

Tu as déménagé de Detroit pour t'installer à Los Angeles, tout comme l'a fait le label Motown en 1972. Est-ce que tu les suis à la trace ? Quels sont tes liens avec ce label ?
Mayer Hawthorne : On ne peut pas vraiment dire que j'y vis. Je n'y suis jamais car je suis toujours en vadrouille mais c'est là que je reçois mon courrier. C'est vrai que le label a déménagé de Detroit à Los Angeles mais je n'y avais jamais pensé avant aujourd'hui. Motown a joué un grand rôle dans mon enfance. J'ai grandi à Ann Arbor et là-bas ce label a beaucoup d'importance. Il fait partie de l'histoire, de notre patrimoine collectif et nous en sommes très fiers. Etre capable de perpétuer cette tradition, de faire découvrir ces sonorités à une nouvelle génération de kids, de leur montrer l'âme musicale de Detroit et de représenter cette scène aujourd'hui sont des choses dont je suis particulièrement fier.

Ton père t'a fait découvrir cette scène en te faisant écouter des disques mais aussi parce qu'il était également musicienÂ…
Mayer Hawthorne : Il joue toujours dans un groupe à Detroit ! Ils ne tournent plus trop car ils sont plutôt « locaux », mais son groupe est vraiment bon. Chaque fois que je rentre à la maison, je me débrouille pour être certain qu'ils vont se produire quelque part et que je pourrai les voir. Mon père est un excellent bassiste, il chante aussi. C'est quelqu'un de très inspiré. Il m'a beaucoup appris sur la musique, la manière de jouer, et il a commencé quand j'étais très jeune. Avant, il jouait des compos dans beaucoup de groupes, maintenant il est dans un groupe de reprises.

En parlant de reprises, il y en a une dans ton album. C'est Maybe No Maybe So de The New Holidays. Pourquoi as-tu choisi de reprendre celle-ci plutôt qu'une autre ?
Mayer Hawthorne : J'ai un lien particulier avec cette chanson. Quand je l'ai entendue la première fois, je l'ai aimée parce ce qu'elle venait de Detroit et parce que ses harmonies sont fantastiques. Il y a de nombreuses nappes vocales et c'est le genre d'harmonie qui correspond à mes productions musicales. C'est aussi une chanson qui est bizarre, différente, étrange. Il doit falloir être un peu fou pour l'écrire. Elle est complexe, intense, dynamique et elle a un je-ne-sais-quoi d'inattendu. C'est mon style de musique préféré, le genre « inattendu ». C'est aussi pour cela que mon album s'intitule A Strange Arrangement car la plupart des chansons que j'aime sont à la fois belles et étranges.

Pourrais-tu nous donner un exemple contemporain de musique belle et étrange ?
Mayer Hawthorne : Il y a un groupe français que j'aime beaucoup. Il s'appelle Phoenix, ils ont sorti un album cette année, Wolfgang Amadeus Phoenix. Je ne sais pas si tu connais, ils sont fantastiques. Leur chanson 1901 est une de mes préférées. Elle est étrange tant dans son arrangement que dans son rythme. La première fois que tu l'entends, tu as du mal à rentrer dedans, tu ne comprends pas forcément ce qui se passe puis plus tu l'écoutes et plus tu l'aimes. Heureusement, ma musique a le même effet sur les gens. La meilleure musique est celle qui grandit en toi avec le temps, et que tu apprécies un peu plus à chaque écoute.

Tu as voulu faire passer un message précis avec le clip de Maybe No Maybe So ou c'était une vidéo juste comme ça ?
Mayer Hawthorne : Je voulais faire un clip jeune et frais. Au début on pensait faire une grosse production avec une marque de skate. Les discussions n'en finissaient pas et je n'en pouvais plus d'attendre. J'ai dit à Hank (le directeur artistique ndlr) : « On va prendre les caméras. Toi et moi. Demain. On va filmer le plus de trucs drôles possibles, ce qui en sortira sera la vidéo. » Et c'est ce qu'on a fait. Aucun script, juste un délire spontané. C'est une vidéo qui correspond bien à ma musique que je considère être aussi du « un délire spontané ».

En parlant de blagues, il paraît que tu as choisi ton nom de scène via une grosse blague ?
Mayer Hawthorne : Mayer Hawthorne, c'est mon nom « d'acteur porno » à savoir mon deuxième prénom suivi du nom de ma rue. Peu de gens le savent... Au début, cette musique n'était pas mon principal projet. Je me concentrais sur Now On et Mayer Hawthorne était mon side project. Maintenant, c'est l'inverse.

Est-ce que le choix de ton pseudo a influencé la composition musicale ? On dirait un peu de la musique pour films érotiques (ou comme dans les séries TV quand Papa-Maman mettent du Barry White dans leur chambre et que les kids savent qu'il ne faut pas s'approcher parce qu'ils font des bisous-bisous). Est-ce que A Strange Arrangement c'est de la « Music To Make Love To Your Young Lady By » ?
Mayer Hawthorne : Absolument (rires). Je veux rapprocher les gens et ça en fait partie. Et c'est marrant que tu dises ça parce qu'un de mes albums préférés de Franck Sinatra est Songs for Young Lovers. Je pense que ma musique est aussi de la musique pour young lovers et... pour faire des bébés.

Tu sais que personne en France ne peut prononcer ce nom correctement ?
Mayer Hawthorne : Je sais bien. Vous dites Meillère Otorne. Mais c'est cool. Vous pouvez le prononcer comme vous voulez tant que vous savez que c'est moi (rires).

 

Par Stéphanie Vidal // Photo : DR.



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Commentaires

Les commentaires sont modérés.
  • eddy - Mercredi, 25 Novembre 2009

    @ sylvain : http://www.kdbuzz.com/?clip-mayer-hawthorne-maybe-so-maybe-no-de-l-album-a-strange-arrangement

  • sylvain - Mercredi, 25 Novembre 2009

    sa musique me donne envie de faire une pause. un album qui fait du bien aux oreilles. merci pour cette itw qui tombe à pic. pourriez vous publier son clip sur votre blog "maybe so maybe no"!?

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