Mardi, 29 Novembre 2011

Cet été, The Horrors a sorti Skying, son troisième album, feignassement désigné comme « l’album de la consécration ». Heureusement pour nous, le quintette est composé de « jeunes », il nous reste donc un peu de temps avant de pouvoir goûter à l’imparable « album de la maturité ». Lors de leur passage à Rock en Seine en août dernier, nous avons rencontré Josh et Tom, respectivement guitariste et clavier du groupe, qui, malgré leur look de croque-morts, se sont avérés être de jeunes gens polis et drôles avec lesquels on a notamment parlé de politique et de Bruce Springsteen. Le groupe sera de retour dans la capitale le 7 décembre sur la scène du Bataclan.
Vous êtes heureux d’avoir reçu d’aussi belles critiques pour votre troisième album Skying ?
Josh : Oui ça fait toujours plaisir, ça rend nos parents heureux et fiers quoi. On ne prend pas ça particulièrement au sérieux, mais bon, ça fait toujours plaisir d’entendre des compliments sur son travail.
Comment s’est passée l’écriture de cet album ?
Josh : Certaines chansons sur Primary Colors nous ont rendus très heureux et on voulait faire perdurer cette ambiance optimiste pour le nouvel album. Après notre tournée pour Primary Colors qui semblait avoir duré 10 ans, on est rentrés naturellement en studio, on a commencé à écrire et la première chanson fut Still Life.
Tom : Il n’y avait pas vraiment de décisions pré-établies pour ce nouvel album, nous n’avions pas fixé de ligne directrice, tout s’est fait naturellement et par envie. Still Life nous a quand même bien décomplexés quant à la suite de l’écriture de l’album.
Vous travaillez ensemble ou séparément pour la composition et l'écriture ?
Josh : Généralement les morceaux sont amorcés par l’un d’entre nous.Celui-ci soumet alors son projet aux autres qui se foutent généralement de sa gueule ou qui lui chient dessus. Après ça, on commence les modifications. Ca prend plus de temps mais c’est la démocratie.
Il paraît que vous vous êtes battus pendant l’enregistrement du disque ?
Josh : Ce n’était pas physique, enfin pas trop. Le truc c’est que nous sommes cinq grandes gueules qui avons des idées très précises, et parfois c’est frustrant de devoir crier pour se faire entendre. Mais bon, de temps en temps on s’entend super rapidement, et forcément c’est plus facile. Il y a des hauts et des bas quoi, comme dans toute relation.
Tom : Etre dans un groupe c’est définitivement comme être dans une relation : c’est difficile, c’est compliqué mais il faut tout faire pour tenir bon.
Pourquoi avoir décidé de produire Skying vous-mêmes ?
Tom : Ca nous semblait être la meilleure idée, on avait déjà fait deux albums avec d’autres producteurs. On a appris d’eux, mais on s’est rendu compte qu’on avait les capacités et l’ambition pour le faire nous-mêmes. Et puis prendre en compte l’avis d’une personne supplémentaire c’est super compliqué, ça rajoute du temps et du travail.
Vous comprenez les comparaisons avec le shoegaze et surtout avec le groupe Stone Roses pour l’ambiance assez trippy de l’album ?
Josh : On évite de penser aux comparaisons. Les gens ont tendance à nous comparer à des groupes dont nous n’avons jamais entendu parler. Si notre musique fait penser à un autre groupe qui parle aux gens, c’est tant mieux mais ce n’est pas le but.

Qu’écoutiez-vous pendant l'enregistrement ?
Tom : Beaucoup de Beatles, du hip hop, de l’afrobeat, plein de choses différentes.
Josh : J’ai découvert Neil Young à cette période, tu sais tu connais toujours Neil Young de loin et tu te dis que lorsque tu décideras de te plonger dans sa discographie, tu t’y mettras à fond, eh bien c’est ce qui m’est arrivé pendant l’enregistrement de l’album. Je pensais pourtant que j’allais attendre mes 30 ans. Tout a commencé lorsqu’un pote a joué un morceau de Neil, ça m’a bouleversé, j’ai trouvé ça dingue et je me suis jeté à corps perdu dans sa discographie. Le son de sa guitare et sa manière de jouer m’ont obsédé, tout ce que je voulais faire c’était l’écouter. Il fait passer énormément d’émotions dans ses morceaux, c'est tellement bouleversant.
En fait tous les groupes au monde s’appuient sur les gros classiques, genre les Beatles…
Josh : Non, j’aime Neil Young autant que j’aime du punk japonais bizarre. Il y a une raison au pourquoi de sa nature « classique », c’est parce que c’est tellement bien que ça en devient intemporel
Tom : C’est pareil avec Bruce Springsteen. Moi j’adore le Boss. Il n’a jamais arrêté de jouer. Tu sais que c’est lui qui a fait en sorte que Suicide soit signé car il voyait en eux le futur de la musique, rien que pour ça c’est un putain de mec cool !
Vous prenez du plaisir à jouer en live ?
Josh : Moi j’adore les concerts plus que jamais, je prends tellement de plaisir à jouer, ce n’était pas forcément le cas avant. Ca devient super émotionnel, on en est à notre troisième album, on met tellement de nous là-dedans que c’en est bouleversant de présenter notre travail aux gens, c’est jubilatoire aussi.
C’est pas compliqué de devoir se supporter sur des tournées marathoniennes ?
Josh : Mais on s’adore, même quand on n'est pas en tournée on se voit tous les jours, même le dimanche ! C’est comme la famille si tu veux.
Vous étiez à Londres lorsque les émeutes ont commencé ?
Tom : Non, on était à New York mais on était scotchés sur la BBC News. C’était surréaliste d’être loin de la maison et de voir tout ça. Ca s'est passé juste à côté de notre studio, juste à côté de là où on habite, c’était tellement bizarre de voir cette violence se déchaîner sur le pas de notre porte. De voir la communauté turque créer sa propre milice pour protéger ses boutiques, c’était choquant. Le temps qu’on rentre à Londres tout était revenu à la normale. Les gens avaient chacun leur propre petite histoire à raconter, du coup c'était vraiment difficile de savoir la vérité.
Pour vous l’explication n’est pas politique ou sociale, à l’instar des pays arabes ?
Josh : Non, les gens voulaient juste une nouvelle putain de playstation et des nouvelles baskets et sont allés jusqu’au bout de leur délire. Il n’y avait rien de social ni de politique derrière tout ça. C'était juste des gosses qui voulaient des trucs gratuits. Tu sais je pense que s’il avait plu pendant ces quelques jours, rien de tout ça ne serait arrivé. C’était juste le chaos. Ce qui se passe dans les pays arabes sont des conséquences de vrais problèmes : le problème de la démocratie, du chômage. J’ai vu l’interview d’une gamine qui disait que ces émeutes étaient une façon pour les pauvres de démontrer aux riches qu’ils pouvaient faire ce qu’ils veulent. Elle n’avait clairement aucune idée de ce qu’elle faisait dans ces émeutes, une vraie petite conne. Pendant la guerre, alors que Londres était bombardé, les gosses volaient les bijoux sur les corps des morts, ils n’hésitaient pas à couper des doigts pour récupérer des bagues. Les gosses n’ont pas changé, ils s‘exécutent sans se questionner un seul instant.
Mais on voit quand même les écarts se creuser à Londres, certaines personnes deviennent de plus en plus en riches alors que certains quartiers de la ville ressemblent au Tiers Monde…
Tom : Oui c’est assez problématique. Londres est gouverné par des gens très très très riches qui ne comprennent rien à la vraie vie. Ce que font Boris Johnson et David Cameron est répugnant.
C’est surprenant de voir un jeune groupe de rock politisé…
Josh : Les gens pensent que ça ne nous affecte pas, mais c’est tout le contraire. Tu sais, tout ça se passe au coin de notre rue, on vit dans des quartiers pauvres, on constate tout ça, pas besoin de faire un effort. Suite à ces émeutes, une personne a été jugée et a reçu une peine de 4 ans de prison pour avoir volé un paquet de chewing-gums. Je te jure que c’est vrai ! Apparemment la peine a été alourdie car il s’en est vanté sur Facebook. Mais quel juge peut ordonner ça ? Dans quel monde vit-on ? C’est surréaliste.
Etre politisés dans votre musique ça vous intéresse ?
Josh : La « protest music » ça a été cool à un moment donné mais il faut s’y connaître à fond sinon c’est vraiment casse-gueule et puis ça risque aussi d’être chiant. C’est bien aussi d’en parler en dehors de la musique comme on le fait avec toi en ce moment, ce n’est pas forcément nécessaire de donner son point de vue sur la politique dans son art. En tous cas pas pour nous et pas maintenant.
Sarah Dahan // Photos: Neils Krug
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