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Interview

Chairlift - Something Good

Lundi, 09 Janvier 2012

En 2008, Chairlift nous sussurait des mots doux faits d'amour et de bleux, sorte de Close To Me 2.0 interprétée par trois coolos de Brooklyn. Tellement doux que la fée Steve Jobs s'est penché sur leur berceau pour leur offrir la synchro de la pub pour l'Ipod Nano. Trois ans plus tard, le trio est devenu duo, il a signé en major, gagné plein d'argent, mais Caroline, la chanteuse/productrice qui parle un Français remarquable, est toujours aussi merveilleuse.


Comment se fait-il que tu parles si bien français ?
Caroline : Mon beau-père est Belge. Mais en fait nous ne parlions jamais français à la maison, je l’ai appris au lycée en Belgique où ils m’ont envoyée pour mes études. J’ai dû me défaire de l’accent belge quand je suis arrivée à New York parce qu’à la fac à NUY tout le monde se moquait  de moi.

Entre votre premier disque et ce nouvel album, Something, vous êtes passés du trio au duo. Pourquoi ?
Patrick :
Aaron voulait faire sa propre musique, il a monté un groupe qui s’appelle Rewards. C’est aussi simple que cela.

Comment fonctionnez-vous désormais ?
Caroline :
Sur le premier album nous n’écrivions pas les chansons ensemble, c’était toujours l’un de nous qui apportait un début de chanson. Ensuite tout le monde s’y mettait. Pour celui-là, on se levait tous les matins, on buvait un café et on allait au studio, on a vraiment travaillé main dans la main du début à la fin. En fait, c’était pas  vraiment un studio, mais l’arrière-boutique d’un magasin d’antiquités. C’était cool, c’était l’endroit idéal pour travailler, il n’y avait pas un bruit, et surtout pas de risques de se faire voler le matos par d’autres groupes. Et puis on pouvait jouer aussi fort qu’on le voulait.

 


Cet album est beaucoup plus dynamique que le précédent, il est aussi très pop tout en ayant un son très particulier, presque « bizarre » ….
Caroline :
On souhaitait faire quelque chose de plus énergique et de plus agressif, c’était notre envie numéro 1. On a beaucoup fait évoluer notre albumen le jouant live pendant un an et demi. On a ajouté des ponts, enlevé des paroles, on en a écrit d’autres, on a ajouté de la distorsion. A la fin de la tournée, on avait trouvé notre son en faisant des distorsions,  en ajoutant aussi beaucoup de synthés. La première chanson que nous avons écrite pour le nouvel album est Sidewalk Safari, c’est l’histoire de quelqu’un qui se fait renverser par une voiture. On a utilisé des palettes de couleurs pour nous aider à retranscrire nos émotions. On aime à penser que c’est une chanson acide, jaune, qui flashe et qui explose !
Patrick : Il y a plein d’univers différents sur cet album mais tout ça est relié par une envie d’agressivité, un peu dramatique.

Pourquoi avoir choisi Dan Carey comme producteur (qui a déjà officié pour Kylie Minogue, ndlr), c’était l’envie d’aller  dans une direction plus pop ?
Patrick :
Non c’était plus personnel, on l’a choisi pour sa personnalité. Quand on est rentrés dans son studio, on a su qu’on voulait bosser avec lui. Il y a eu une très forte connexion. On a senti qu’on pouvait faire quelque chose de grand ensemble.

Comment l’avez-vous rencontré, c’était  une rencontre assez formelle ?
Caro :
Pas vraiment on est arrivés avec une heure et demie de retard au rendez- vous. Il a failli ne pas nous recevoir.
Patrick : C’était notre dernier jour à Londres, on ne s’est pas réveillés et on ne savait pas où était le studio.
Caro : Il n’était même pas fâché, il nous a ouvert la porte et on s’est retrouvé face à un type avec une chemise mal boutonnée, des cheveux en bataille et des chaussettes de couleurs différentes à chaque pied. On a su tout de suite que c’était avec lui qu’on voulait travailler. Ça peut paraître débile mais on avait déjà rencontré pas mal de producteurs ultra lookés, qui se croyaient dans Mad Men, avec des costumes de fous, de la gomina et qui allaient à la gym tous les matins. Bref des types qui ne nous correspondaient pas du tout. Avec Dan on est tombés sous le charme très rapidement. Il est presque devenu un membre du groupe à part entière.

 


Caroline peux-tu me parler de la vidéo d’Amanaemonesia, tu es fan de Nadia Comaneci ?
Caroline : Hahaha, j’ai eu cette idée alors que je n’avais jamais fait de danse ni de gym auparavant ! J’ai travaillé  trois longs mois dessus. J’avais loué un studio pas cher dans le sud de Brooklyn, à 10 dollars l' heure. J’y allais tous les jours pendant trois heures et je filmais mes mouvements avec mon Iphone. C’était une période où j’allais mal dans ma vie et je ne pouvais en parler à personne alors je me suis dit que la danse serait un bon moyen pour évacuer et m’exprimer librement. Mais j’avais du mal avec les transitions car ce qui fait une bonne danse c’est le mouvement constant, il faut que ce soit fluide, ça doit être un  film pas une série de dessins. J’ai rencontré une chorégraphe et danseuse à un concert en hommage à Meredith Monk et j’ai rapidement décidé de faire appel à elle car je galérais pas mal avec la chorégraphie. Elle m’a inculqué une discipline et m’a donné des conseils simples mais pourtant évidents. Le résultat est pas mal je crois.

 

Entre les deux albums vous avez chacun collaboré avec d’autres artistes, Patrick tu as notamment produit l’album de Das Racist
Patrick : Produire un autre artiste est fascinant, tu te plonges dans son univers, dans son processus. Je suis à fond dans le processus. Pour moi le plus important c’est  pas forcement le produit fini, j’aime faire les choses sur le moment.
Caro : Patrick est sans doute le musicien le plus ouvert d’esprit que je connaisse, c’est si excitant d’être à ses côtés. Il casse les règles, personne ne met de la reverb sur du rap, mais lui l’a fait avec Das Racist. Il a noyé leur son et c’est juste tellement cool.

Et toi Caroline, ta collaboration avec Washed Out ?
Caro :
Ça s’est fait rapidement, je l’ai rencontré après un de ses shows. On s’est super bien entendus et je lui ai avoué que sa musique avait fait office de B.O à un certain moment de ma vie. Lui aussi était fan de Chairlift, on s’est donc naturellement dit que ce serait cool de travailler ensemble. Il m’a envoyé un morceau par email, je lui ai renvoyé une démo avec ma voix dessus. Sur ce, il m'a répondu qu'il l'aimait et voulait qu'on bosse dessus lorsqu'il viendrait à New York. Lorsqu’il est finalement venu, Ernest, mon copain et moi avons tous chanté sur la démo que j’avais faite, Ernest en a pris une seconde et en a fait des loops qu’il a passés sur toute la chanson. Lorsqu’il est parti, je me suis mise à fond dessus pour vraiment bien bosser sur les paroles. Puis deux semaines plus tard, j'ai vu que notre démo où on chante tous les trois avait été leakée sur Internet.  J’ai donc appelé Ernest en panique et il m’a annoncé que c’était lui qui l’avait leakée. Il l'aimait comme ça. Je suis devenue folle, je lui en ai vachement voulu parce que j’avais vraiment beaucoup travaillé dessus et je ne voulais pas que les gens n’entendent qu’une démo. Et surtout, il ne m’avait pas demandé la permission ! Après coup je me suis calmée, j’ai appris à aimer le morceau tel qu’il était, et puis je me suis dit que comme ça j’avais déjà une chanson toute faite pour Chairlift.

 


Comment ne pas évoquer la mort de Steve Jobs avec vous, lui qui a tant fait pour vous en choisissant votre morceau Bruises pour la pub de l’ipod Nano ?
Patrick :
On était sur scène à New York quand on a appris la mort de Steve Jobs. Au moment où on a commencé à jouer Bruises, on a remarqué que tout le public s’agitait. Mais nous n’étions pas au courant ! On s'est pris plein de reproches dans la tronche  après coup du genre « Vous ne dites rien pour sa mort alors qu'il vous a apporté le succès ! », mais comment être au courant alors que nous jouions sur scène ? Ça aurait été cool de le rencontrer cela dit, ce type-là était un vrai génie et oui, dans un sens il a changé nos vies.
Caroline : Je me souviens très bien de l’époque où Bruises a servi de synchro pour cette pub. On était en pourparlers avec Apple mais rien n’avait été officialisé. Moi j’étais à la fac à NYU, à la bibliothèque entre deux cours et en train de regarder la fameuse conférence de Steve Jobs. C'est là que je l'ai vu mettre notre chanson en fond sonore, j’ai vraiment failli faire un arrêt cardiaque.


Sarah Dahan // Photos:  Tom Hines.
 



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