Mercredi, 08 Février 2012

Kap Bambino pourrait être facile à cerner. Une blonde qui gueule, un chevelu qui tabasse pour un résultat qui fait du bruit. Mais en fait non. Kap Bambino, c'est surtout deux potes, Caroline Martial et Orion Bouvier, qui font de la musique sans concession. Un jusqu’au-boutisme obsessional qui les amène à sortir leur 4ème album chez Because, Devotion, une fois de plus enregistré dans leur chambre. Les Kap Bambino sont les nihilistes du Big Lebowski de l'electro punk.
Vous sortez de shooting pour qui ?
Caroline : Le magazine Plugged. On connaît pas.
Photo concept ?
Caroline : Non. Juste portrait à la con, on se laisse pas faire (rires)
Premier label : Anglais. Premier article de presse : NME. On peut dire que vous avez plus de succès en Angleterre ? Encore aujourd’hui ?
Caroline : Je crois que maintenant on a autant de public en Angleterre qu’en France. A notre petit niveau.
Le succès a mis longtemps à arriver chez nous ?
Caroline : Je sais pas si on est connus mais on a un public indé qui nous suit depuis 2001 en France. On a peut-être plus de succès maintenant même si les gens continuent de découvrir.
Être connu en Angleterre a pu jouer sur le succès français ?
Caroline : Peut-être que ça a aidé certains magazines ou médias français à avoir moins peur de notre son, ouais.
Avant ils vous refusaient ?
Caroline : Non mais comme on avait personne autour de nous, on ne démarchait aucun mag.
Orion : Mais même quand ils nous voyaient à l’époque dans des festivals, ils nous captaient pas trop.
Caroline : Je pense que les anglais sont juste pas frileux et n’avaient pas ce genre de musique chez eux. En France ils s’y sont mis parce que plein de groupes ont ouvert des portes.
Tu penses à quels groupes ?
Caroline : Mais plein plein parce qu’en électro t’imagines le nombre de choses qui se sont passées en si peu de temps ?!
Votre premier album, Love, était beaucoup moins noise. Les trois qui suivent le sont plus. C’est un parti pris définitif ? Ça y’est, Kap Bambino a trouvé sa voie?
Caroline : C’est pas un parti pris. C’est qu’on fait ça. Même sur le premier maxi de Kap Bambino, qu’Orion a fait tout seul, c’était déjà comme ça. On continue juste à faire ce qu’on aime et on pousse à chaque fois.
Vous trouvez que vous poussez de plus en plus ?
Orion : Dans l’expérimentation, oui.
Qu’est-ce qu’il y a eu comme cheminement entre les albums ?
Caroline : Nous on surfe pas sur les vagues journalistiques ou modasses qu’il y a chaque année. On a échappé à l’électro clash en 2002, on a échappé à la New Rave, on échappe au Witch House. On fait Kap Bambino, on a créé un style de zik et une identité qui nous sont propres. On continue juste à faire ce qu’on aime.
Vous avez pas peur de vous faire baiser par votre propre jeu ?
Caroline : C’est déjà fait. T’imagines sur un groupe comme nous qui a 10 ans, le nombre de monstres qu’on a engendrés ? Les monstres c’est pas péjoratif, c’est mignon. On est encore là au bout de 10 ans. Y’a pas de peur. Au contraire, on se dit que c’est bien parce que quand on avait 20 ans et qu’on faisait déjà cette musique, on était sur la fin de la French Touch, le début des Baby Rockers, on était pas du tout dans le format donc on est contents d’être sur le fil du rasoir. D’entrée, en faisant ce style de musique, on s’était tirés une balle dans le pied. Et on continue, exprès. Sinon on aurait pu faire évoluer notre musique et penser à notre compte en banque.
C’est pas forcément penser à son compte en banque mais c’est l’envie de faire un truc différent…
Caroline : A ce moment là, autant monter un autre groupe. Si tu disais à Sonic Youth, « Hé les mecs, ça fait 25 ans que vous nous cassez les couilles. Vous en avez pas marre de taper vos solos expérimentaux ? » Je sais pas ce qu’ils répondraient.
Ton grand-père écoute ton son A. Il va dire OK. Puis il va écouter ton son B. Il va dire OK. Et finalement pour lui, les deux sont du bruit. Elle est où la subtilité ?
Caroline : Là, j’ai envie de te dire que c’est un problème de génération.
J’ai choisi ton Grand-Papa pour que ce soit bien clair. Mais pour un mec qui écoute du Funk par exemple ?
Orion : Bah, il se démerde. Il écoute du Funk donc il reste dans son truc et il vient pas nous faire chier.
Caroline : Je vais pas filer un mode d’emploi à un mec qui est pas capable de capter une mélodie sur de la disto avec une reverb et qui va penser que c’est du bruit. Si un mec écoute du Jazz ou de la Minimal, tu vas pas lui demander d’écouter du Kap Bambino. On va pas le faire souffrir. Toute l’idée de notre univers, et c’est pour ça qu’on est discrets, est qu’on fait notre zik sans compromis. On rentre pas dans une discussion avec certaines personnes qui vont nous dire « Oh moi ça me casse les couilles. La fille gueule et le mec fait bim bim bim derrière ! ».

Y’a une recherche d’état d’esprit avec cet univers musical ? Une façon de donner les morceaux clé en main pour casser ses meubles ?
Caroline : Notre musique est speed c’est sûr mais non y’a pas cette intention. Après le live, où il y a contact, c’est différent. Mais si les mecs cassent leurs meubles chez eux, c’est cool oui.
Vous avez créé un label, Wwilko. Il vous sert à quoi ?
Caroline : A sortir de la musique qui nous plaît. Y’a déjà eu 21 sorties. Quand même… Je peux citer Magas, un mec de Chicago qui fait de la musique électro tout seul ; Patrick Catani, un berlinois, ou Jean-Louis Costes un performeur parisien. C’est des coups de cœur, des mecs qu’on a découverts et qui n' avaient que quelques concerts, et d’autres qui avaient plus de bouteille.
Vous vous arrêtez où dans l’accompagnement des artistes ?
Orion : Y’a pas vraiment d’accompagnement mais on sort leurs disques. On leur propose de sortir 1000 CDs à l’arrache. Si les mecs disent oui, tout le monde est content mais y’a pas de contrat derrière. C’est pas dans un contexte commercial.
Caroline : Pour des artistes comme certains qui sont vraiment dans l’underground français ou autre, ça nous a permis de faire un lien, de diffuser leur musique et les faire connaître. C’est important pour nous de continuer à faire ça. Cette année on va continuer à sortir des trucs.
Vous sortiez vos albums là-dessus aussi ?
Caroline : Oui oui, jusqu’en 2006.
Du coup, quand une boite comme Because arrive, ça change quoi ?
Caroline : Bah pas grand chose. Ça structure. J’ai arrêté de faire le faux agent Jean-Claude Martin pour faire le booking, on fait des interviews dans un endroit cool, on a arrêté d’aller à la poste tous les jours pour poster nous même nos Cds. C’était plus pour avoir quelqu’un qui gère la distrib.
Dans la compo entre vous, ça se fait dans quel ordre ?
Orion : Ça varie mais en général je fais des trucs et après on écoute, on décide. On fait tout le temps de la musique donc…
Tu produis à la chaîne ?
Orion : A la chaîne quand même pas parce que je fais des trucs différents. Parfois c’est des vieux trucs qu’on ressort et on ne garde qu’un bout du machin qui nous plaît bien. On fait toujours la zik chez nous, on fait nos albums dans la chambre.
Vous êtes en colloc ?
Caroline : On l’était à Londres avec d’autres personnes quand on a fait cet album. Mais on est toujours pas allés en studio, on préfère pouvoir bosser comme on veut.
Tu disais qu'il y avait d’autres trucs. C’est quoi ?
Caroline : Y’a Secte Of Sound, un des projets d’Orion.
Orion : Ouais. C’est un projet qui a un an et c’est plus industriel mais industriel de maintenant.
Il a de l’avenir ce projet ? Tu comptes le mener quelque part ?
Orion : Ecoute pour l’instant j’ai juste enregistré des morceaux. Je verrai bien ce que j’en fais. J’ai pas forcément envie de faire des lives tout de suite. C’est plus musical dans un premier temps. Rien n’est sorti et je garde pour l’instant. J’ai des touches mais je dis rien… Sinon y’a le groupe Gris, mon projet solo que j’avais avant Kap Bambino. Un projet que j'ai depuis que je fais de la musique avec un ordinateur.
Caroline : Et moi je viens de monter un truc y’a pas longtemps mais on a rien de près pour le moment. Sinon on a fait un truc avec les Magnetix de Born Bad. Vu qu’on fait de la zik tout le temps, forcément ça engendre plein de trucs.
Quand tu chantes, on comprend pas ce que tu dis…
Caroline : Oui, c’est normal.
Orion : Je connais pas beaucoup de groupe où l’on comprend ce qu’ils disent. Même les Anglais. Mais ça s’explique par rapport au style, à la façon de faire. C’est en quelque sorte voulu.
Vous accordez quand même une importance aux textes ?
Caroline : Oui. Je parle de plein plein de choses. Même que les gens qui écoutent Kap Bambino connaissent les paroles. Là comme ça, je parle de la vie, du bol de Corn Flakes le matin, de rupture, de désespoir. Des textes quoi…
Question d’actu. On crève de quoi en 2012 ?
Orion : De rien. On crève pas, on a mal. Ce serait trop facile sinon, même si ça arrangerait certaines personnes.
Caroline : Si on crevait tous ensemble ça serait bien.
Orion : Ah non, pas avec tous les connards. Je préfère crever tout seul.
Devotion, le nouvel album de Kap Bambino sortira le 5 mars.
Etienne Piketty // Photos: Clémentine La Pieuvre & Lucas Donaud.
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"on a rien de près pour le moment." FAUTE!
on a rien de près pour le moment.
vaniteux................
Attention c'est ''Groupgris'' pas ''groupe Gris'' !
comme le dit l'expression : faire passer des vessies pour des lanternes
Vous trouvez que vous poussez de plus en plus ? Orion : Dans l?expérimentation, oui.
Vous trouvez que vous poussez de plus en plus ? Orion : Dans l?expérimentation, oui.
On fait Kap Bambino, on a créé un style de zik
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