Recherche

News

La Genèse du Hip Hop par Michael Holman, Pt.2

Mardi, 12 Avril 2011

Michael Holman est l'un de ceux qui a révélé le Hip Hop aux Etats-Unis. Membre du groupe Gray avec Basquiat, il a ouvert le premier club Hip Hop à Downtown New York, a réalisé et produit la première émission Hip Hop en 1984, et été le premier journaliste à employer le terme "Hip Hop" dans un magazine. Pour Brain, il raconte chaque semaine un épisode de la préhistoire du Hip Hop.

 


 
Lire l'introduction et la première partie sur la Novelty Music ici.
 


Partie 2 : Exotic Music

Avec la Novelty Music, l'autre musique fondatrice du Hip Hop est ce que j'appellerais l'Exotic Music, c'est à dire tous ces morceaux qui ont un coté inattendu et qui stimulent l'imagination. Par exemple, le morceau The Mexican parle d'un cow-boy, ce qui n'est pas très exotique pour le public américain, mais venant d'un groupe anglais, ça le devient ! Il y a cet élément décalé, qui ne rentre pas dans les cases, voilà ce qui plait aux B-Boys. Autre exemple exotique est ce titre Trans Europe Express de Kraftwerk dont Afrika Bambaataa s'inspira pour son morceau Planet Rock. Cette musique Euro-pop, avec des synthétiseurs allemands, était complètement loin de l'univers habituel des new-yorkais. Le génie d'Afrika Bambaataa a été de reconnaitre l'importance de l'autre, de celui qui est différent, inattendu, nouveau, et de l'exploiter.  Bambaataa a fait cela plus que n'importe qui. Je vais vous donner un exemple. Je me souviens avoir emmené Malcolm McLaren un soir de juillet 1981 dans le Bronx afin de le présenter au Hip Hop, et réciproquement. Nous regardions Bambaataa passer les disques, notamment les disques de Novelty que j'ai cités, de James Brown, de Disco, et une fois de temps en temps, il sortait un disque complètement déroutant, comme par exemple des jingles d'émissions télévisées, type le thème de I Dream of Jeannie, et tout un tas de jingles idiots, pop et déjantés complètement indansables à moins de danser le pogo comme un punk. Il pouvait également passer Mary Mary des Monkeys, qui est une chanson d'un groupe blanc des années 1960, alors qu'il a mon âge (même s'il n'a jamais voulu admettre son âge)Â… Il a du entendre ces chansons à la télévision lorsqu'il était enfant et il les jouait comme ça, dans ses mixes, d'une façon qui lui était caractéristique.  Avant lui, je n'avais jamais entendu quelqu'un enchaîner un titre de James Brown avec un morceau venu d'un monde totalement différent.
Mais Bambaataa était représentatif de l'ouverture d'esprit de cette jeunesse du Bronx, et sa façon de mixer a eu pour effet d'ouvrir encore un peu plus l'esprit collectif du public Hip Hop, et de les préparer à ce qui allait arriver, quelque chose d'incroyable, de tellement original. D'une certaine manière, ils étaient aussi ouverts d'esprit que les gamins de la scène artistique de Manhattan comme par exemple Jean-Michel Basquiat, Suzanne Mallouk, Vincent Gallo, Nick Taylor, j'espère moi-même, et tous les autres. La chose que nous avions en commun avec les jeunes de Uptown (le Bronx), c'était cette passion pour le présent, les années 1980. Nous avions besoin de trouver quelque chose de nouveau car les années 1960 et 1970 étaient mortes depuis longtemps.






 

Partie 3 : Quelque chose de nouveau doit arriver

Nous avions l'impression - un peu comme aujourd'hui d'ailleurs - qu'on ne pouvait rien découvrir de nouveau. Il n'y avait pas de nouveau son, de nouveau rythme, il n'y avait rien de nouveau. Tout avait été fait. Et ce qui avait été fait avait été tellement énorme. Nous avions l'impression d'être dans l'ombre du succès des années 1960 et 1970 et que cela représentait un vrai défi - sans doute impossible - que d'arriver à créer quelque chose de nouveau.
Les kids de downtown qui faisaient leur musique expérimentale, du genre art-noise - dont je faisais partie puisque j'étais dans un groupe avec Jean-Michel Basquiat (Gray ndlr)- et les kids uptown qui jouaient avec leurs platines, finalement nous étions motivés par la même chose : nous recherchions tous quelque chose de neuf. Désespérément. Nous pouvions mettre n'importe quoi dans le mix, il fallait que quelque chose de nouveau apparaisse! Et nous y sommes arrivés ! Bon, bien sûr le Hip Hop y est arrivé beaucoup mieux que nous avec notre art-noise, puisqu'il a conquis le monde...
Cette expérimentation - menée par DJ Afrika Bambaataa, DJ Grand Wizard Theodore (l'inventeur du scratch, ndlr) - était effrénée, et faite avec très peu de ressources puisqu'à cette époque il n'y avait pas d'argent à New York, c'était l'époque de la récession. Une situation analogue à celle qu'a connue Berlin à la fin des années 1980 : très peu d'argent mais des ressources surprenantes de la part des artistes pour créer et survivre, puisqu'en comparaison avec aujourd'hui, le coût de la production artistique était très bas.
Le Hip Hop s'est construit autour de deux platines et un microphone, la plupart du temps volés! A l'image de DJ Grandmaster Caz qui me l'a dit personnellement, des tas de rappeurs et de DJs ont cambriolé des magasins hi-fi durant le blackout de 1977! Il n'y avait ni police, ni système d'alarme, c'était le chaos.  C'était une opportunité pour les enfants défavorisés de faire en sorte que quelque chose se passe!
Même chose downtown : le loyer était très peu cher, faire la fête ne coûtait rien. Par exemple dans mon groupe Gray, je pouvais prendre des masques et les frapper sur un tambour ou Jean-Michel pouvait utiliser une guitare et des cordes d'acier et nous essayions de créer un son cool, sans vraiment savoir jouer, comme le faisaient les kids uptown avec le Hip Hop.


 
Vraiment, nous fonctionnions tous suivant le principe que « la nécessité est mère d'invention ». Donc la scène arty downtown, celle du Mudd Club, et la scène Hip Hop uptown se sont connectées, pour ensuite exploser dans les médias. Grâce sa compréhension et sa connaissance des médias, la scène downtown les a utilisés pour amener le Hip Hop à une reconnaissance plus globale. J'étais une de ces personnes. Je peux vous raconter comment j'ai vécu cette phase, juste avant l'explosion.
A l'époque, je bossais à Wall Street et j'habitais downtown à Tribeca. C'était pas très loin mais je prenais le métro tous les matins. Je me souviens très bien de la première fois où je suis entré en contact avec ce qui allait devenir le Hip Hop : j'attendais sur le quai et j'ai vu défiler un train complètement recouvert de graffitis, de haut en bas, sur toutes les vitres, sur toute la rame. Je me souviens avoir vu ça et tomber raide. Je n'en croyais pas mes yeux. C'était tellement incroyable. Ce vandalisme destiné à émerveiller, à exciter le regard plutôt qu'a offenser. Et aussi à faire connaitre l'auteur de ce vandalisme. Je voyais ca et je pensais : « Comment ont-ils réussi à faire ça ? À s'échapper ? Qu'est-ce qui les a poussés à faire ça ? ». C'était en 1978.
Un peu plus tôt, vers le milieu des années 1970, dans les années encore disco, on pouvait déjà discerner les germes du Hip Hop. Quand je me rendais à la fontaine de la rue 72, à Central Park, les dimanches après-midi, une centaine de jeunes se réunissaient et faisaient la fête à l'air libre. Ils apportaient de 30 à 50 radios, toutes réglées sur la même émission de radio, sur WBLF, Frankie Crocker. Et c'était la fête ! Les kids faisaient les pas de danse ensemble, comme par exemple le Bus Stop. On pouvait voir quelqu'un dans la ligne se laisser tomber sur le sol et faire quelques figures, puis revenir dans la formation. C'était le début du freestyle qui deviendra par la suite le b-boying.
J'ai voulu en savoir plus sur ces danseurs et un jour, je suis allé à une fête qu'organisaient Henry Chalfant et Martha Cooper. La soirée s'appelait Graffiti Rock, un nom que j'ai volé plus tard pour mon émission de télévisionÂ… En fait j'avais lu dans le Village Voice que Martha Cooper avait pris des photos de ces jeunes break-danseurs du Rock Steady Crew. Je voulais voir ça donc je suis allé à cette fête. Mais quand je suis arrivé, une bagarre avait éclaté entre le Rock Steady Crew et les Ballbusters et donc la fête a avortéÂ… Mais j'ai couru dans la rue pour leur demander : "Vous êtes des break dancers ?", et ils ont répondu "oui". "Pouvez-vous me montrer précisément ?". "On peut pas te montrer ici mais on peut te montrer plus tard."  Donc j'ai pris leur numéro de téléphone, et puis j'ai commencé à organiser des soirées dans lesquelles j'employais ces gars pour venir danser, et puis grâce aux danseurs j'ai pu rencontrer les DJs. On était au début des années 1980. Un jour, j'ai organisé une fête qui réunissait les DJ et danseurs au Mudd Club. Cette fête a été un succès retentissant.
 



 Michael Holman fait son entrée à 1'12



Mercredi prochain sur Brain: suite et fin de la genèse du Hip Hop avec Michael Holman.

 
Par Michael Holman & Alexandre Stipanovich // Photos: Rhonda Paster Corte & courtesy of Andy Warhol.

 



Articles du même auteur


Articles relatifs :

J'aime Lire - Voir Brooklyn et Mourir

La Genèse du Hip Hop par Michael Holman

Jeune qui Pousse - Odd Future


Commentaires

Les commentaires sont modérés.
  • Gonzague Guano - Mercredi, 13 Avril 2011

    Vraiment, sans vouloir sucer à rebrousse-poil. Cordialement, GG

  • kido - Mercredi, 13 Avril 2011

    trop bien!

Nom :

Email :

Titre :

Message :

Êtes-vous un robot ?

(vérification: oui ou non)