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Rave-Olution

Mercredi, 01 Juin 2011

Bêtement, je pensais avoir fait le tour de la question de la fête, sous toutes ses formes et sous tous ses angles, avoir sillonné les raves sauvages, donné de ma santé dans les festivals plus ou moins officiels et plus ou moins organisés, frôlé le danger dans des afters improvisés et dansé dans les endroits les plus improbables du globe…


C'était sans compter avec Distortion, le festival qui transforme Copenhague en bordel sonore et physique cinq jours par an depuis 13 ans. Un grand fourre-tout qui sent la défonce, le cul et les pas de danse compliqués, et où j'ai découvert l'année dernière que l'esprit des raves ne s'était pas perdu en route depuis que l'électro est devenu la bande son idéale pour des publicités pour bagnoles à 30 000 euros.


C'est quoi Distortion ?
Thomas Fleurquin (organisateur et âme du festival) : Il faut le voir, le vivre, pour le croire en fait ! Distortion, c'est le rêve de la fête parfaite, tous les fantasmes que les jeunes clubbers européens entre 20 et 40 ans peuvent avoir eu ces dix dernières années, mais en vrai de vrai. Une trance de cinq jours et cinq nuits étalée sur 155 dancefloors. Pour bien entamer la nuit, on commence tous les jours de 16.00 à 22.00 avec une myriade d'apéritifs, de réceptions et de fêtes de quartier gratuites avec des sound systems qui partent dans tous les sens et plus de 30.000 personnes lâchées dans toutes les rues de la ville. Il y a aussi des fêtes dans des bus, des bateaux, sous des ponts, sur des plages, dans des tours et des cours d'immeuble. La musique va de la samba à la slow-rave. On est furax, cette année, on vient de réaliser qu'on avait oublié le jazz funk au programme.
Ensuite, plus tard de 22.00-08.00h, c'est un festival de "Club Culture" comme on dit, avec interdiction formelle de tout carré VIP et plein de fêtes conceptuelles  à la con. Par exemple cette année, un quatuor de travestis organise un show de nage synchronisée dans une piscine. En ce qui concerne la musique, on a arrêté d'utiliser le mot éclectique en 2001. On a invité Feadz et TTC en 2003, Simian Mobile Disco en 2004 et Sébastien Tellier en 2005. Depuis, et en général, on donne plutôt dans le bourrin (de la tech-house classique, quoi), mais avec finesse et intelligence et une jolie brochette de résidents internationaux : Guillermo Villas  du Dirty Sound System, WhoMadeWho qui sont un peu notre orchestre maison, Michael Mayer et Superpitcher, qui depuis qu'ils sont venus, il y a deux ans, ne veulent plus louper un seul épisode de Distortion.  On fait beaucoup de "hosting concept", c'est-à-dire qu'on ne booke pas les gens nous-mêmes, mais on invite des festivals qu'on aime. Par exemple Melt!, certainement le meilleur festival electro-pop de la planète, Renate ou Wet Yourself à organiser leurs propres soirées. L'ambiance finit par ressembler à un gigantesque zoo plein de party animals.

Comment t'es tu retrouvé à t'occuper de ce festival ?
Thomas Fleurquin : C'était mon destin. Disons que j'ai de bonnes bases, j'ai fait la fête de 24 à 34 ans sans discontinuer. Aujourd'hui, j'ai 37 ans, trois enfants et je suis calme 360 jours par an, le reste de l'année, quoi !

Quand le festival est-il passé d'underground à mainstream ?
Thomas Fleurquin : En 2008 et 2009, on est passé du chaos total à une organisation aux apparences professionnelles.  Facebook a beaucoup permis de décupler l'effet bouche-à-oreille, même si on se méfie du côté mainstream. Tous ceux qui bossent pour le festival sont des fêtards acharnés, des gens engagés, qui se méfient comme la peste des soirées branchées, des réceptions à la con bourrées de tous ces petits emmerdeurs, tous ces gâtés pourris avec leurs casquettes à la con !  Plus sérieusement, je n'ai vraiment pas envie de développer des dancefloors de plus de 2000 personnes. On a beau avoir beaucoup de fans sur FB, on reste toujours aussi intimistes et si une fête n'a pas ce côté surprenant, ça ne nous intéresse pas vraiment. Bon cette année, la seule  concession qu'on a faite, c'est les Crookers, qui sont la moitié de la honte, mais c'est tout. J'avais essayé de les booker en 2007, ils n'étaient pas libres, donc l'honneur est sauf.

Pendant 5 jours, Distortion met sens dessus dessous la ville de Copenhague. Vous ne rencontrez pas trop de problèmes avec la municipalité ?
Thomas Fleurquin : La municipalité  nous file plein de thunes pour foutre un énorme bordel, mais la vérité c'est qu'on fait tout ça par amour pour notre ville. La beauté du projet c'est que toute la ville y participe, les officiels trouvent qu'on est une bande de joyeux lurons, les politiciens nous trouvent créatifs, les flics nous aident et nous bichonnent. C'est le paradis, je te dis. Tu veux que j'en parle à Delanoë ?

À chaque édition, un nouveau lieu incroyable. Tu peux nous dresser un petit récapitulatif de ces endroits magiques ?
Thomas Fleurquin : Je retiendrais deux endroits mémorables : le VM Bjerget enm en 2008, un parking de 8 étages qui a remporté un des plus prestigieux prix d'architecture au monde et l'année dernière où la fête finale s'est déroulée sur le site des magnifiques usines Carlsberg, des bâtiments classés historiques…

Le festival se déroulera où cette année ?
Thomas Fleurquin : Comme d'habitude, on alterne un quartier de la ville  par jour : Copenhague K le centre historique  de la ville,   Nørrebro la zone multi-ethnique  plutôt trash avec une identité très socialiste et anarchiste et Vesterbro, le quartier des branchés de 35-45 ans qui ont des enfants. La soirée de clôture est prévue dans l'ancien « Meat Packing District » avec une grande piscine et trois bassins, dont deux d'eau chaude. On y organise une norwegian disco party avec Prins Thomas aux manettes. Prends ton maillot…

Quels seront les temps forts de cette édition 2011 ?
Thomas Fleurquin : On lance un nouveau concept cette année qui s'appelle le Live Mixtape. Ça consiste à produire une mixtape de 90 minutes répartie sur quatre scènes avec deux chorales, un quintet de batteurs et quatorze groupes qui jouent live dont Trentemøller, la chorale de la Police de Copenhague, Jenny Wilson Dance, Gang Gang Dance, Laid Back… Pour ce qui est de la défonce sonore, on a deux fêtes gabba-harcore où ça ne va pas rigoler, une bataille hip-hop avec les plus grosses légendes du rap danois  et une fête sobrement intitulée Fuck You avec le groupe post-punk IceAge qui risque de finir en baston générale… Et puis comme nos amis travelos trouvent tous les ans des idées de plus en plus farfelues, cette année, on attend de pied ferme la performance de nage synchronisée.  Ah et comme on pense aussi aux retraités, on leur a prévu un sosie complètement déjanté d'Elvis Presley !

Il existe une scène électro bien implantée  à Copenhague ?
Thomas Fleurquin : Chaque année, on découvre de nouvelles révélations.  Les chouchous du moment c'est Kenton Slash Demon. Et puis il y a Trentemøller et Tomas Barfod (notre directeur musical)  qu'on ne présente plus.

Et le reste de l'année comment est la vie nocturne à Copenhague ?
Thomas Fleurquin : Les gens ne sont pas ultra pointus dans leurs choix mais les filles  sont belles et tout le monde boit beaucoup. Ici c'est une vieille  tradition viking de se mettre un carton chaque weekend. La bande à Vice Magazine  peut aller se coucher avec son esthétique  et sa glorification de l'autodestruction. On a 2.000 années d'avance sur eux en Scandinavie !

Distortion, c'est de la musique, mais c'est aussi beaucoup d'autres choses comme des bus très déjantés…
Thomas Fleurquin : Le bus « trash queen » qui roule au poppers est tombé en panne d'essence sur la place de l'Hôtel de Ville en 2004. On a eu beau refaire le plein, les batteries aussi étaient mortes. Du coup, ce sont 20 drag-queens défoncées et le cul à l'air qui ont poussé le bus et aidé à le redémarrer…

Les artistes que tu rêverais d'avoir à Distortion ?
Thomas Fleurquin : Tomas Barfod, notre directeur musical rêve de Daft Punk. Moi je fantasme sur Old Dirty Bastard ou de reproduire une version intégrale et live de Seventeen Seconds de The Cure. Mais franchement, boire l'apéro avec Guillaume  de Dirty ou croquer des pilules dansantes avec Michael Mayer et Superpitcher dans notre rave-bus pendant un after sur une plage, ça bat n'importe quel rêve pour un nerd de la club culture comme moi.

Est-ce qu'un festival comme Distortion pourrait avoir lieu dans d'autres villes dans le monde ?
Thomas Fleurquin : Non, le chaos qu'on fout dans les rues de Copenhague , aucune autre grande ville au monde ne pourrait le supporter. Les Français, les Allemands ou les Anglais sont bien trop conservateurs et les flics dix fois plus violents qu'ici.  sûrement parce que le pays a une longue histoire  avec les fouteurs de merde. En mai 2011, on a organisé une mini Distortion  à Berlin, Oslo et Malmö et les choses se sont plutôt bien passées, mais je sais bien qu'on n'obtiendra jamais les autorisations nécessaires pour faire un truc pro. Je vais peut-être essayer d'organiser un truc à Paris un jour, quand le festival sera stable au niveau financier. Mais les Francais sont vraiment des gros relous, la nuit à Paris est 10 fois trop chère, c'est insupportable ! En même temps si on arrive avec nos concepts de bars à trois euros, ce sera sans doute un atout…

On dit que les Danoises sont très dévergondées : info ou intox ?
Thomas Fleurquin : Oui elles sont belles comme une série photo de The Cobra Snake. Nous n'avons pas connu suffisamment de répression religieuse pour connaître l'inhibition.

 

Plus de photos:

 

Distortion, du 1er au 5 juin 2011, Copenhague.
www.cphdistortion.dk

 

Patrick Thévenin.



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