Jeudi, 08 Novembre 2007

Voir un concert d'Amy Winehouse, comme ce lundi d'octobre au Zénith de Paris, est devenu en très peu de temps une cérémonie avec son folklore spécifique. Dans la fosse, on s'échange nerveusement les dernières infos : « Attends elle a annulé il y a trois semaines en Allemagne », « Non non j'ai des preuves, elle est sur Paris », « J'y crois pas pour ce soir, elle aurait été vue en train de conduire un semi-remorque de Vodka dans le Caucase hier ». Car on attend pas un concert d'Amy Winehouse, on l'espère.
Mais ce soir, infidèle à son double tabloïd, Amy va jouer, et à l'heure en plus. Et en étant elle-même pendant tout le concert, ce qui implique : les sorcières de Ring 1, 2 et 3 posées sur la tête en guise de coiffure, l'arrivée titubante, les aller-retours en coulisse qui font craindre le pire, les commentaires private incessants à ses musiciens entre, et de préférence pendant les morceaux, et bien sûr les cocktails divers et variés, entre et de préférence pendant les morceaux, au moment du refrain.
Tout cela devrait être connu de quiconque s'intéresse à elle, malgré le folklore. Ce n'est apparemment pas le cas de beaucoup des 6000 personnes présentes ce soir-là, où quelque chose de plus triste s'est joué. Certes comme d'habitude, Amy est décalée : par rapport au texte des morceaux, par rapport à un groupe qui est son exact inverse, c'est-à-dire qui interprète à la perfection mais sans génie, par rapport surtout aux exigences scéniques nées de son succès commercial planétaire. Et c'est bien là l'essentiel : si on a déplacé le concert initialement prévu à l'Olympia, c'est devant la perspective de bourrer un Zénith de gens qui en veulent pour leur argent. Problème ce soir de ce point de vue, Amy innove dangereusement : elle a décidé exceptionnellement de jouer de la guitare, une superbe Les Paul blanche qui tranche sur sa robe rose fluo. Comme si les 3 kg de cheveux qui menacent de s'écrouler et les 3 g de je sais pas trop quoi ne suffisaient pas, Amy va maladroitement prendre et reposer l'instrument pendant tout le concert, entre et de préférence pendant les morceaux, au moment du refrain - de Back to BlackÂ….arrgh ! Elle en jouera en fait à peine, mais fait rare, cet instrument se met alors à catalyser toutes les angoisses, frustrations et haines d'un public qui en veut pour son argent. Au bout de 4 morceaux, dès qu'elle touche la guitare, c'est la bronca. Soit pro Amy, chante comme sur le disque Amy, arrête avec ton caprice de guitare, soit sobre Amy, soit possédable, obéis ! on a payé notre place. « J'ai envie de monter sur scène et de lui mettre une gifle » dit un connaisseur derrière nous. Il faudrait effectivement un service minimum pour les chanteuses, et vite, car ce soir les amateurs de musique en veulent pour leur argent. Et s'ils ne peuvent pas jouir dans la possession ils jouiront dans l'humiliation, car ils sont aussi venus mater la freak bourrée au zoo soul.
Vivement que tu ne vendes plus autant de disques Amy.
Cyril 2Real.
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