Mercredi, 04 Janvier 2012

Du cultissime label anglais Factory Records, l'histoire de la musique (souvent injuste) a retenu Joy Division, New Order et les Happy Mondays. Mais Tony Wilson, le boss, avait également signé d’autres excellents groupes moins médiatisés, parmi lesquels figuraient The Wake, The Stockholm Monsters ou encore The Durutti Column. Ces derniers n'étaient en fait pas un groupe mais le pseudo utilisé par le musicien Vini Reilly en hommage à la « colonne Durutti », première armée de volontaires anarchistes partie de Barcelone, en 1936, combattre les Franquistes.
Guitariste hors pair, Vini a commencé par le piano avant de se spécialiser dans les arpèges qui tirent des larmes. En 30 ans, depuis son premier disque en 1979 intitulé The Return of the Durutti Column, il a sorti plus de 30 enregistrements, dans la quasi indifférence de la presse. Aussi discrète que culte, cette figure de la new-wave anglaise au physique de héros romantique créa pourtant en secret une musique d'une beauté rare, le plus souvent instrumentale, parfois hantée par une voix à la mélancolie sublime. A la fois diaphane, hivernale, intimiste, délicate, onirique, apaisée, raffinée, cotonneuse et fortement émotionnelle, elle puise autant dans la cold wave que le flamenco. Et fait rare, contrairement aux autres groupes « en The » de l'histoire du rock, on reconnaît parmi mille un morceau de Vini avec son jeu de six cordes cristallin emprunté au jazz.
Ce n'est pas pour rien qu'à la fin des années 70 à Manchester, Tony Wilson en fit son protégé, clamant à tout le monde que ce jeune homme frêle, longiligne, androgyne et blême était un génie absolu. Tony voyait aussi dans le spleen de Vini l'émanation musicale de ses propres tendances dépressives. En 1988, un autre génie sensible et torturé le prit sous son aile, Morrissey, qui engagea Reilly comme guitariste sur son superbe premier album, Viva Hate.
Récemment compilé par MGMT sur leur Late Nite Tales et cité en référence par le chanteur des Drums, The Durutti Columnn a eu une influence énorme sur la musique indé actuelle, notamment la scène chill-wave, l'hypnagogig pop et l'ambient moderne. Brian Eno, John Frusciante et Martin Gore lui vouent aujourd'hui tous un culte, justifié. Et cette colonne sonne en 2011 comme le parfait rempart de mélancolie accueillante contre le bruit du monde et les affres de l'époque.
Ecouter et télécharger:
The Durutti Column - Never Know
The Durutti Column - The Missing Boy
The Durutti Column - Otis
Morrissey feat Vini Reilly - I Know Very Well How I Got My Note Wrong (acoustic)
Violaine Schütz.
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