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Skull

Mardi, 27 Septembre 2011

 


Quand as tu commencé à dessiner ?
Skull: Un jour Jean-Luc Reichmann invita un auteur de BD dans sa fabuleuse émission, Attention à la marche (j'avais rien d'autre à faire). À cette même interrogation, celui-ci retourna la question à Jean-Luc en disant: "La question est plutôt: quand est-ce que vous, vous avez arrêté de dessiner?". Je suis assez d'accord avec ça, tous les enfants dessinent. C'est juste que certains se sont arrêtés en route.

Quelle est ta formation, a-t-elle été indispensable à ce que tu fais maintenant ?
Skull: J'ai fait un an de Beaux-Arts à Metz, tout juste utile pour la photo et encore... Puis j'ai suivi une formation illustration/bande-dessinée/dessin-animé à Émile Cohl à Lyon. J'ai réellement forgé un regard, une façon d'appréhender le dessin et un goût pour l'animation durant ces années d'études, je ne peux donc pas nier leur influence, même si je n'en ai pas pris conscience immédiatement.

Comment en es-tu venu au street art ?
Skull: Dans le street art, beaucoup viennent au dessin par le Graff. Moi ça a été le contraire. Le dessin m'a mené aux murs après les études. J'ai commencé à rejoindre des potes sur les terrains, puis ça m'a vraiment pris aux tripes. J'avais envie d'habiller la ville et Paris est un joli endroit pour ça, même si elle a tendance à se "déshabiller" un peu trop vite à mon goût. C'est donc en venant ici que mon coup de pinceau s'est réellement développé, essentiellement au travers de l'affichage sauvage.

Le caractère éphémère de tes créations n'a pas un côté triste ?
Skull: Peut-être un peu quand c'est vraiment trop éphémère (genre le lendemain y a plus rien), là ça peut foutre un peu les boules. Mais ça fait partie du jeu, et à mes yeux c'est l'essence même du charme du street art. J'en ai certainement une vision un peu romantique. Pour moi ces collages sont comme des cadeaux que je fais à ceux qui prennent le temps de lever les yeux. L'art pour tous en gros, hors des limites conventionnelles de sa diffusion. J'aime également l'idée de détachement par rapport à mes oeuvres. Une fois qu'elles sont sur le mur, elles ne m'appartiennent plus. Cette liberté de l'art qui vit indépendamment de l'artiste me plaît, même si ce n'est parfois que pour une journée. Après, il y a forcément une part de narcissisme dans le fait de montrer mon travail à un public qui ne m'a rien demandé, mais ça va je le vis bien.


Pourquoi cette fascination pour la tête de mort ?
Skull: Je crois que c'est venu en réalisant que je me prenais facilement la tête. Je me suis donc dit: "autant que ça serve à quelque chose". C'est l'idée que des tonnes de choses se passent dans ces boîtes à chaque seconde. Quelques centimètres cube seulement suffisent à ce qu'on développe un tas de trucs, de l'inutile au grandiose. Ensuite il y a un certain memento mori attaché à cette fascination; une vanité qui se retrouve dans la plupart de mon travail, de façon aussi bien burlesque que mystique.

Quels sont les gens ou les oeuvres qui t'influencent ?
Skull: En tant que street artiste, je parlerai forcément de Banksy en premier lieu ainsi que de Blu évidemment, pour la dimension animée et le travail de titan. Bosch et Magritte pour le surréalisme, et Grosz pour l'expressionnisme. En général pour ce qui est de l'idée d'un dessin c'est plutôt une situation vue ou vécue dans mon quotidien, ou tout simplement l'envie de partager un sentiment.

Quel est ton support préféré pour dessiner ?
Skull: Il y a vraiment de tout, pour les collages je prends tout ce qui me passe sous la main. Ensuite la gymnastique que demande le graff me plaît bien également. Et pour le médium, j'aime beaucoup l'encre de chine. J'aime le contraste, j'adore obtenir un noir bien intense.

Tu dis aimer particulièrement le surréalisme, c'est une référence plutôt commune chez les artistes. Qu'est-ce qui te séduit et t'influence plus spécifiquement dans ce mouvement ?
Skull: Je pense que c'est un mouvement qui influence particulièrement les illustrateurs. Comme je fais du figuratif, c'est à travers l'envie de rêver et de décrire ces visions que ma création se nourrit. J'ai longtemps pensé qu'un illustrateur était plus artisan qu'artiste, mais le travail du geste et la façon de transmettre est une autre question. La recherche et la pensée sur un trait sont les mêmes que pour un coup de pinceau, aussi instinctif soit-il.

L'oeuvre que tu trouves avoir la mieux réussie ?
Skull: J'aime ce que je fais mais je pars du principe que je ferai toujours mieux, donc je suis particulièrement content du dessin que j'ai fait demain.

Tu as une histoire marrante qui t'es arrivée dans la rue alors que tu peignais ?
Skull: En règle générale, ça se passe bien car, pour peu que tu aies un minimum de talent, les gens sont plutôt réceptifs à ce que tu fais sur les murs. Mais une fois, alors qu'une vieille dame arrosait ses plantes à la fenêtre:
"- C'est beau hein ce que vous faites!
- Merci, répondis-je avec un grand sourire, touché de cette attention.
- Ça vous amuse de dégueulasser les murs?!!! COONNAAAAAARRRDD !!!"
Le lendemain y avait plus rien.
Les vieux sont drôles pour ces actions, une autre m'a dit que j'étais fiché et qu'elle connaissait tout sur moi, mes moindres faits et gestes... Putain merde, et si c'était vrai?.....

Tes créations représentent souvent des bonshommes ou petits monstres en assez mauvais état avec des yeux qui dégoulinent et des tentacules. La beauté convenue ne t'intéresse pas ?
Skull: Exactement, je n'y vois pas de saveur si c'est trop lisse. Ces petits monstres et bonshommes représentent généralement des enfants perdus dans cette jungle urbaine.
Il y a également une dimension sexuelle dans mon travail. L'utilisation de la tentacule est empruntée au Shunga japonais dans lequel le poulpe est un symbole de plaisir féminin très fort.     

Une préférence entre animation et dessin ?
Skull: Non, j'ai envie de nouer au mieux ces passions, la rue à mes anims. D'où cette vidéo.

Tes désirs d'avenir à toi, c'est quoi ?
Faire toujours plus de mur, et me diriger tout doucement vers de la réalisation côté professionnel (anim, clip, etc). On a coutume de dire que la vie et dure, ben alors moi j'me bats pour le futur.  

 

++ http://skull.ultra-book.com
++ http://skull-street.blogspot.com
 
 
Propos recueillis par Soukaïna Qabbal.



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Commentaires

Les commentaires sont modérés.
  • nidl - Lundi, 03 Octobre 2011

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