Mardi, 29 Novembre 2011
A New York l'année dernière, L'ADC Young Guns, la seule organisation internationale qui récompense chaque année les jeunes professionnels de la création, a dévoilé le nom des 50 gagnants issus de 14 pays. Parmi eux la française Leslie David. Si vous ne connaissiez pas encore de graphiste hyper cool aux cheveux longs et au regard intelligent, voici Leslie David.
Tu as fait tes études aux Arts Décoratifs de Strasbourg. Avant même d'être diplômée et d'achever ta cinquième année tu quittes l'école et saisis l'opportunité de travailler avec l'agence Petronio Associates. Qu'est-ce qui t'a motivée à vouloir devenir graphiste ? Et plus avant ça, qu'est-ce qui t'a donné goût à l'Art ?
Leslie David : J'ai toujours voulu faire un métier visuel. Mes parents sont dans ce milieu, ma mère est illustratrice, et aujourd'hui les deux sont photographes. Au début c'était un peu flou pour moi...j'hésitais entre du stylisme, du design. C'est au fur et à mesure du cursus scolaire que j'ai découvert ce qu'était le graphisme, et j'ai continué dans cette voie.
Aujourd'hui tu possèdes ton propre studio et tes clients sont entre autres Givenchy, A.P.C, Nike, Surface to Air, The New York Time, E.M.I ou encore Colette et Andrea Crews. Les deux magazines de référence Etape et Print t'ont consacré plusieurs pages, et ton exposition personnelle « Stratigraphies » a été saluée par la critique. Selon toi qu'est-ce qui te différencie ?
Leslie David : Alors ça c'est le genre de question à laquelle je ne sais pas vraiment répondre. Honnêtement je n'en sais rien. L'école, Petronio, mes parents... tout ça m'a bien formée. Peut-être que ça se retrouve dans mon travail.
Ta première exposition « Stratigraphies » qui a eu lieu en mars dernier révèle une expérience onirique autour de divers éléments naturels et structures géométriques. Que souhaitais-tu exprimer à travers ces sujets ?
Leslie David : Je n'ai pas cherché à exprimer un discours artistique particulier. Je me sens beaucoup plus graphiste qu'artiste. C'était davantage une expérience purement visuelle. J'ai donc travaillé sur des recherches auxquelles j'avais envie d'aboutir. Comme prendre des éléments naturels et essayer de les modifier.
Pourquoi avoir décidé d'exposer des productions classiques, non travaillées numériquement ?
Leslie David : C'est un challenge que je me suis imposé. C'était une contrainte assez forte, ça m'a pris beaucoup de temps mais ça représentait une épreuve intéressante. Toute la journée je réponds à des commandes par le biais de l'ordinateur. C'était donc un défit de tout faire à la main et d'exposer les œuvres telles quelles. C'est tellement facile de nettoyer un dessin sur photoshop et de bien le remettre en page.
Tu travailles essentiellement le dessin au crayon, le collage, les typographies et les mises en page minimalistes. Toujours dans un style soigneux. Tes thèmes favoris se situent au niveau du jeu des formes géométriques et des éléments tels que l'eau et la terre. Tu dois souvent entendre que ton travail est féminin. Quelle est ta position par rapport à ce cliché ?
Leslie David : En réalité je suis contente que mon travail plaise et qu'il fonctionne dans un univers plutôt masculin. Parfois des clients font appel à moi en me disant qu'ils ont besoin d'un regard féminin. Je n'ai pas du tout l'impression d'apporter ce type de point de vue, mais si les gens le ressentent comme ça tant mieux. Quoi qu'il en soit je ne revendique pas cette caractéristique.
Bien que l'ensemble de tes productions constitue un univers singulier, y a t-il des artistes qui t'influencent ?
Leslie David : Oui plein ! Je puise beaucoup dans le passé. J'apprécie les motifs géométriques de type art déco, le travail d' Erté, d'Aubrey Beardsley, Sonia Delaunay. Sinon il y a aussi Charley Harper, Paul Rand, Peter Max, Jean Larcher, Herb Lubalin, Allan Aldridge pour les années 60-70. Et pour les années 80, le groupe de Memphis, Ettore Scottsass, Nathalie du Pasquier ...
Récemment tu as collaboré avec Andrea Crews sur une collection de foulards. On a vraiment l'impression que cette collaboration t'a laissé jouir d'une grande liberté créative. Peux-tu nous en dire plus sur cette rencontre artistique ?
Leslie David : C'est grâce à une copine, Maroussia, qui est à la tête d'Andrea's Crews. Je lui ai dit que je voulais sortir un peu des commandes de clients. Elle m'a donné carte blanche pour faire des foulards. J'ai aussi travaillé sur le packaging. J'ai adoré faire ça, j'aime beaucoup travailler sur du motif textile. Depuis, chaque saison elle propose à des artistes de faire des foulards, et il y a un système de tampon sur le packaging (toujours le même emballage et ils changent le tampon selon les artistes).
Tu as conçu l'illustration des albums de The Rapture, Raphael, Röyksopp, Revolver, Alice Lewis. Pour ce type de projet comment travailles-tu avec les artistes ?
Leslie David : En général il y a une rencontre avec la maison de disque et l'artiste une fois qu'ils sont en phase de mixage, que l'enregistrement de l'album est terminé. Pendant cette rencontre l'artiste me dit s'il a des idées, la maison de disque donne aussi son avis. A la suite de ces discussions on opte pour une direction à prendre et le travail peut commencer.
Si tu devais choisir 5 pochettes de disques de l'histoire de la musique qui t'ont beaucoup influencée, quelles seraient-elles ?
Leslie David : Michael Jackson 'Dangerous', New Order 'Movement', Grace Jones 'Portfolio', David Bowie 'Hunky Dory', Neil Young 'Harvest'... ces albums m'ont marqué et pour leur musique et pour leur pochette.
Pourrais-tu travailler pour un musicien dont tu n'apprécies vraiment pas la musique ? Au hasard David Guetta, ou dans un tout autre genre pourrais-tu, par exemple, faire la DA sur un spectacle de Laurent Gerra ?
Leslie David : Ça ne me dérangerait pas s'il y avait un défit visuel à relever, un virage artistique à prendre. Donc travailler pour David Guetta, oui, s'il souhaite s'extirper du mainstream, ce qui est tout à fait possible je pense. C'est toujours intéressant de travailler avec un artiste si le projet est innovant.
Quels sont les artistes, graphistes ou autres, dont tu apprécies le travail ? Y en a t-il parmi eux avec qui tu souhaiterais collaborer ?
Leslie David : Aujourd'hui j'ai de plus en plus envie de me mettre à l'image animée, au clip. Donc pourquoi pas réaliser des vidéos avec Tony Frontal, ou Lisa Paclet, des amis réalisateurs très talentueux. Il y a aussi Daniel Sanndwald, un photographe anglais dont j'ai découvert le travail récemment. Et sinon plein d'autres, mais je me restreins ! En fait je pense que c'est plus intéressant de travailler avec des photographes ou des vidéastes, plutôt que des graphistes qui font le même métier que moi. Il faut qu'on puisse s'apporter quelque chose d'autre.
Quels sont tes projets à venir ?
Leslie David : J'ai beaucoup de projets en cours... J'adore être sur plein de choses à la fois, bizarrement je trouve que je suis plus efficace quand j'ai mille choses à faire ! Entre autres : Un look book pour Maison Michel, la nouvelle pochette de Revolver. Je travaille aussi sur la com d'une agence de pub, Von Lili qui est entrain de se monter et l'identité d'un nouveau label de musique, Bromance, qui est en train d'être créé également. J'aime beaucoup participer à des projets dès leur conception, c'est excitant !
Si on t'avait dit lorsque tu as présenté le concours des arts décoratifs, qu'en 2011 tu compterais parmi les jeunes graphistes françaises avec qui beaucoup de marques pointues souhaitent travailler, tu te serais dit « c'est parce que je le vaux bien » ou alors « trop cool !!! » ?
Leslie David : « C'est parce que je le vaux bien » ! J'ai toujours voulu être free lance. Je ne me disais pas que c'était gagné mais c'était clairement ce que j'avais envie de faire. Pour en arriver là j'ai fait beaucoup de stages, notamment à New York chez une graphiste, Deanne Cheuk, qui reste un modèle pour moi.
Cosima Delmare.
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