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//DIY

Vendredi, 09 Décembre 2011

 

Qui étiez-vous avant d'être graphistes ?
//DIY : On s'est rencontrés durant nos études à l'ECAL (École Cantonale d'Arts de Lausanne). On avait chacun notre propre univers, nos codes, nos références. Et sinon le blabla habituel : la vie d'étudiant, sortir, traîner, vivre ses passions, et profiter de la vie…

D'où vous est venue l'idée de travailler ensemble ?
//DIY : On a tous suivi la même formation en communication visuelle. Philippe et Ivan ont été diplômés en 2000, Laurence en 2001, l'année où nous avons lancé le studio. On avait passablement travaillé ensemble au cours de notre formation, notamment lors de workshops. D'autre part, durant ces années, Philippe et Laurence faisaient partie d'un collectif du nom de //COPY//, qui s'est ensuite divisé en deux différents studios : //DIY à Lausanne et //Schönwehrs à Genève (aujourd'hui Schönherwehrs).

Pourquoi avoir choisi ce nom //DIY? Et plus avant celui-ci, pourquoi +41?
//DIY :  //DIY est la somme de plusieurs étapes. Les deux slashs proviennent du collectif //COPY// mentionné précédemment. //COPY// était encadré de deux paires de slashs, qu'on a choisi de garder et redistribuer ensuite entre les deux bureaux.
DIY (initiales de : do it yourself) était le nom du travail de diplôme de Laurence, un clip vidéo dont la quasi-totalité des composants (musique, paroles, design de vêtements, direction artistique et vidéo) étaient gérés de façon autonome. Ce nom s'est donc logiquement imposé tel un manifeste, avec la volonté de créer une plate-forme pluridisciplinaire et de diversifier les champs créatifs (entre autres photographie, illustration, musique, stylisme, vidéo)
+41 s'est développé quelques mois plus tard, suite à une opportunité de //DIY de créer sa propre ligne de vêtements.
+41 correspond à l'indicatif téléphonique de la Suisse, le nom nous paraissait pertinent, on exportait un peu de la Suisse dans le monde entier.
 

Parvenez-vous à travailler en parfaite osmose ? Si oui, êtes-vous humains ? Si non, comment procédez-vous si sur un projet vos trois points de vue divergent ?
//DIY : On est humains, on essaie juste de travailler en osmose,  mais les avis peuvent heureusement diverger. C'est la richesse d'un trio, un tir croisé de divergences, chacun amenant ses références et son bagage. Notre méthode de travail privilégie le fond à la forme, ce qui contribue à ce que les options les plus adaptées s'imposent d'elles-mêmes. Soumettre, expliquer et vendre une idée à ses collègues sont les premiers filtres. L'idée peut ensuite rebondir, s'habiller de différentes manières et bien sûr s'enrichir.
En parallèle, on a aussi des projets ou mandats qui sont gérés de façon plus individuelle. Ça peut avoir certains avantages, plus de liberté personnelle, et au final une brique en plus dans l'édifice commun.


Vos projets sont très variés. Vous avez travaillé entre autre pour Apple, Channel 4, Colette,  Fairtilizer, Flammarion, Nike, Playstation, Red Bull, Sixpack, Universal...Bien que vous vous définissiez sans style spécifique, on retrouve souvent dans vos productions un aspect méticuleux, sobre, et expérimental. Pouvez-vous expliquer ces caractéristiques ?
//DIY : Comme mentionné précédemment, on privilégie toujours le fond à la forme, et inévitablement  la forme évolue selon chaque projet et ses propres besoins. Mais il est vrai que pour mettre en avant une idée ou un concept, la sobriété et le minimalisme sont des outils qui permettent de présenter une idée de façon très directe, sans artifices.

Quelles sont vos principales influences ?
//DIY : Elles sont multiples, tous champs confondus. Ça englobe la science, les arts plastiques, la musique, le cinéma, la littérature, la cuisine, la mode, etc. On garde nos yeux, nos oreilles, nos bouches grands ouverts. On se nourrit de tout ça. Ça se retrouve dans notre travail à différents niveaux, à travers nos idées et notre manière de les formuler.

Vous vivez et travaillez en Suisse. Avez-vous le sentiment que ce paramètre culturel a un impact sur votre approche de travail?
//DIY : Oui, on est évidemment conscient et respectueux de la tradition du graphisme et plus généralement de la création suisse. On est pas dans une démarche très identifiable en tant que suisse, mais on est logiquement influencés entre autres par une certaine rigueur et un soin du détail. On essaie pas nécessairement de s'inscrire dans cette lignée, mais d'en tirer certains enseignements tout en s'exprimant avec les codes et les préoccupations qui sont les nôtres.

 

Vous avez travaillé pour Nike, notamment sur une série de mises en scène photographiques « Nike Destroyer Campaign ». Connaissez-vous cet officieux syllogisme : « Tous les graphistes qui travaillent pour Nike doivent être branchés ; //DIY est graphiste; donc //DIY est branché». Qu'en pensez-vous?
//DIY : Si dans ce cas de figure, branché rime avec intéressant et contemporain, alors oui, pourquoi pas. Nike est une compagnie qui fonctionne à différents niveaux, la vente massive et mondiale de chaussures à un public très large et, parallèlement, un flux continu de projets plus créatifs et pointus, qui contribuent à alimenter le mythe qui fait la force de la marque. On est évidemment toujours enthousiastes de travailler pour Nike, en grande partie pour la liberté offerte et les moyens mis à disposition.

Vous êtes pluridisciplinaires : graphisme, photographie, illustration. Quelles sont pour vous les principales différences en terme d'élaboration conceptuelle entre ces trois domaines visuels?
//DIY : On essaie d'inverser le problème en utilisant la technique la plus adaptée au concept choisi. La technique découle de l'idée et doit pouvoir s'adapter et changer de formes selon les besoins. On aime avant tout, passer d'un projet de photographie, de set design, de vidéo, à un mandat de graphisme ou d'illustration. L'alternance. C'est ce qui permet de ne pas se lasser.


Pour votre exposition « FM » qui a débuté le 24 Novembre à Paris, vous avez choisi d'exposer vos œuvres concernant la musique, ses ondes, ses sons, et les différentes possibilités de les capter et de les visualiser. Pourquoi avez-vous décidé de présenter ce fragment là de votre travail?
//DIY : Par passion pour ce sujet qui nous habite depuis l'école. On avait envie d'approfondir ces recherches. On travaille régulièrement pour des musiciens et maisons de disques et la question se pose à chaque fois : quels sont les moyens de visualiser, transcrire les sons et la musique. Il n'y a pas de réponse absolue et ce n'est pas notre but de la trouver. On cherche simplement à produire des éléments visuels qui font écho à la musique de façon intéressante et pertinente.
Nous sommes donc intéressés par les scientifiques et les artistes qui ont orienté  leurs recherches sur ce sujet. Les résultats sont fascinants, d'une grande qualité visuelle et graphique, ce qui suffit à alimenter une curiosité et une envie de continuer à explorer cet univers.
L'exposition se divise en deux parties. Une salle présente des travaux liés à des projets musicaux, réalisés au cours de ces dernières années. Le second espace présente un travail plus expérimental produit pour l'exposition. On revisite des expériences scientifiques en y ajoutant de l'aléatoire et notre sensibilité. On tente de représenter de manière abstraite, conceptuelle et picturale, le son, les ondes et la musique.

En 2008 vous avez réalisé un poster de concert représentant, par le biais de multiples pistes sonores, votre groupe musical utopique. Sur ces pistes s'enchaînent par exemple des musiciens comme Neil Young à la guitare ; Gil Scott-Heron au clavier ; plus loin Lee Scratch Perry aux effets sonores ; Patti Smith au chant...Avez-vous vraiment essayé de vous représenter musicalement ce que donnerait ce groupe chimérique ?
//DIY : Avant tout il y a une volonté de créer un univers graphique, le concept précède la formation musicale au sens propre. L'idée initiale était de représenter un schéma de la visualisation stéréophonique de la position des instruments dans le mix.
Ainsi à chaque ligne correspond un instrument et donc un musicien, et il s'ensuit un jeu de texte à trous pour remplir le tableau. Et logiquement on met des références qui nous touchent..
Après on sait par expérience que les réunions d'artistes/musiciens auréolés sont rarement à la hauteur des attentes. Mais oui on a essayé de se le représenter, plutôt dans une suite de formations plus minimales (par exemple un trio Scott-Heron, Moondog, Kevin Shields en ouverture) que dans une cacophonie générale.

Sincèrement, parmi vous trois y en a t-il un qui rêve secrètement de se reconvertir en rockstar ?
//DIY : On connaît quelques personnes qui vivent ça et la vie de rock star est à nos yeux pas aussi attrayante qu'elle en a l'air. Jour après jour : perte de l’anonymat (à moins de se déguiser en robot), l’avion, l’aéroport, l'hôtel, le car, la promiscuité, les attentes, les fans… le même concert ou la même soirée... c’est un peu le jour de la marmotte... le capital onirique est finalement moins puissant que celui de la musique elle-même.

Sinon quels sont vos futurs projets ?
//DIY : Un clip pour le groupe Mercury à réaliser courant de décembre, la scénographie et communication visuelle d'une exposition sur le thème de la danse à Lausanne avec sa propre publication, la sortie du second album de BigPants publié par +41 Records et Philippe termine un documentaire auquel il a participé sur un cycliste suisse qui roule en fixed gear dans les montagnes d'Erythrée.

Enfin, graphistes et artistes tiennent à se différencier l'un de l'autre. Leur profession n'est effectivement pas tout à fait la même. Êtes-vous pour autant « nés » graphistes et non pas artistes ?
//DIY : Nous sommes effectivement graphistes, difficile pour autant d'affirmer que nous sommes « nés » graphistes, personne n'est à l'abri d'une reconversion totale : artiste, chocolatier ou producteur de fromages de chèvre.

 

//DIY FM Du 24 novembre 2011 au 27 janvier 2012
@ Galeri 12Mail Red Bull Space, 12 rue du Mail 75002 Paris.

 

Propos recueillis par Cosima Delmare.
 



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