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Sarah Abadidabou

Lundi, 13 Février 2012

 

 

Bonjour Sarah. D'ailleurs, tu es plus connue sous le pseudonyme Abadidabou, donc bonjour Abadidabou. Peux-tu nous résumer brièvement l'histoire derrière ce pseudo ?
Sarah Abadidabou 
: C'est un mix entre le cri du mec des Flintstones (Les Pierrafeu, ndlr), comment il s'appelle déjà ? ... Fred, voilà : c'est le cri de guerre de Fred Flintstone mélangé à la chanson de Cendrillon, « Salagadou la menchika bou la bibbidi bobbidi boo ». J'avais 14 ans, je devais créer une adresse mail. J'ai fait ça au pif et en fait c'est resté. Aujourd'hui tout le monde m'appelle comme ça et j'ai du mal à m'en séparer.

Est-ce pour dissocier tes deux "vies", comme bon nombre d'artistes ? Sarah à la ville, Abadidabou à la scène ?
Abadidabou :
J'ai commencé à prendre des photos au Social en parallèle à mes études de l'image aux Gobelins, mais mon ambition première n'était pas d'être connue pour mes photos de soirées. J'ai donc choisi un pseudonyme pour que cette vie nocturne ne me colle pas trop à la peau.

Tu es effectivement connue des nuits parisiennes en qualité de photographe de soirées, notamment au Social Club donc. Certains sont ravis de se voir immortalisés par ton savoir-faire, là où d'autres craignent ton objectif à qui rien n'échappe. Comment as-tu débuté cette activité ?
Abadidabou :
Par relation. J'étais très amie avec Micky Faria à l'époque du Tryptique, on sortait beaucoup ensemble. Et puis il s'est mis à travailler pour le Social et surtout, à avoir ses propres soirées Get The Curse. A partir de là, mon ami Dimitri et moi-même avons commencé à prendre des photos en soirée, parce que c'était nos potes et que ça nous faisait vraiment plaisir. Aujourd'hui je fais partie du collectif The Cameroscope, de Romain Bourven (alias Ro).

On voit que tu es un peu touche-à-tout, qu'il s'agisse de photographie ou de dessin, sans négliger aucune de tes autres activités. Mais qu'est-ce qui t'attire le plus et pourquoi ?
Abadidabou :
Au début, je voulais être graphiste sans savoir réellement ce que ce métier représentait. Je me suis vite rendue compte que répondre à une commande, faire de la mise en page et autres, c'était pas mon truc. Ce qui me plaît vraiment, c'est de dessiner. J'ai fait une prépa à l'Atelier de Sèvres puis aux Gobelins, et c'est là que j'ai remarqué que le dessin me manquait beaucoup. Et puis un jour, je me suis remise à dessiner, et ça m'est un peu tombé dessus sans crier gare. Je ne m'attendais pas à avoir autant de retours positifs, et je me suis surprise à avoir énormément de patience. Donc à choisir, le dessin a ma préférence.

On a pu voir, dans certains de tes travaux exposés ainsi que ta série sur le nu pour Raise Magazine, une pratique habile et méticuleuse du stylo à bille. D'où te vient-elle ? Est-il devenu ton instrument de prédilection par pur hasard ?
Abadidabou :
J'avais plein de petits carnets dans lesquels je dessinais au crayon à papier, mais ça se salissait beaucoup et j'avais l'impression que ça s’effaçait au fur et à mesure. J'avais envie d'utiliser un matériau qui soit plus « définitif ». Le stylo à bille m'impose une certaine rigueur. Pour moi, ça fait plus propre.

Ta série sur les animaux est impressionnante. C'est une passion pour toi la faune et la flore, ou bien tu es juste tombée sur une plaquette de chocolat Merveilles du Monde un jour d'ennui ?
Abadidabou :
(Rires) J'ai toujours été très attirée par le kitsch, les briquets de beauf, les motifs de grand-mère... Je trouvais ça intéressant de rendre un sujet qui peut paraître très kitsch, très vieux jeu, avec un instrument de notre époque, le stylo BIC. En ce moment, je viens d'imprimer des photos de scènes de chasse à courre.

Qui sont les artistes qui t'inspirent ?
Abadidabou :
Il y en a beaucoup, mais j'ai du mal à retenir les noms. Celui qui m'a le plus impressionné, c'est Chuck Close. Il reprend des photos d'identité et en fait des portraits hyper réalistes qui font 5 mètres de haut, c'est bluffant. Yan Pei-Ming, aussi. J'ai eu une période où, comme lui, je faisais de la peinture au couteau. Mais bon, moi je faisais ça sur des cartons. J'ai vite arrêté. Niveau cinéma, Emir Kusturica, David Lynch, Jean-Luc Godard. Et R. Kelly pour la musique. C'est trop bien, R. Kelly.

Tu as récemment participé à la campagne Movember (une initiative mondiale visant à se laisser pousser la moustache durant tout le mois de novembre afin de recueillir des fonds et d'éveiller les consciences autour de différents cancers, ndlr) en tant que photographe. Raconte nous comment ça s'est fait.
Abadidabou :
J'ai un très bon ami qui s'appelle Paul Orzoni,il travaille en tant que graphiste pour Dolly Rogers, une boîte à Amsterdam. Il se trouve que sa boîte travaillait pour cette campagne, les responsables ont vu mon travail et m'ont proposé de m'en charger. C'est vraiment différent de ce que je fais d'habitude, mais la chef de projet m'a fait totalement confiance. Le but était de s'éclater. J'ai donc pris beaucoup de plaisir à le faire.

Et Mungo Park ? Comment en es-tu venue à faire la pochette de leur EP ?
Abadidabou :
Un des chanteurs aime beaucoup ce que je fais et a flashé sur ce dessin là. Il correspondait bien au thème de la chanson Pilgrim. C'est un dessin réalisé à partir d'une photo de Jill Greenberg.

Alors, ça t'a plu de travailler pour un projet musical ? Il y a des artistes avec lesquels tu ne pourrais pas collaborer ? Imaginons que demain, Justin Bieber ou Katy Perry viennent te dire « Sarah Abadidaboooo, I love your work, I want you to do my next album cover », tu accepterais ?
Abadidabou :
Bah ouais, carrément (rires). Mais après, il y a des artistes pour lesquels je ne bosserais pas. J'ai pas envie d'être associée à n'importe quoi ou n'importe qui. Là, pour Mungo Park, c'était différent : c'est un dessin que j'avais déjà fait, ça n'était pas une commande spécifique, auquel cas j'aurais eu bien plus de pression. Mais si Katy me demande demain de la dessiner nue sur une licorne, je le ferai avec plaisir.

Entre les cours la journée, les photos la nuit et les dessins entre deux minutes, c'est pas trop difficile de trouver l'inspiration ? Tu préfères planifier tes moments de créativité ou saisir ton Bic spontanément, quitte à sacrifier de précieux instants de sommeil ?
Abadidabou :
Je ne dors pas beaucoup. J'ai plein de projets qui me trottent dans la tête en permanence. J'ai souvent des idées pour une prochaine série pendant que je travaille sur une série actuelle. Parfois, il y a des phases où j'ai envie de dessiner tout le temps, dès que j'ai deux minutes. Et puis j'aime bien travailler dans l'urgence, c'est stimulant. De toute façon, c'est bien connu, on travaille mieux la nuit : personne ne nous fait chier et j'ai l'impression que c'est plus agréable.

As-tu des projets divulguables en préparation ?
Abadidabou :
Je travaille actuellement sur une affiche pour le Social Club, ils ont pour projet de demander chaque mois à un artiste différent de la réaliser. J'en ai d'autres de grande envergure mais je ne peux pas en parler maintenant. On m'a proposé de sortir certains de mes travaux sur des tee-shirts, mais ça ne s'est pas fait pour des raisons techniques.

Ah, c'est bien. C'est un peu Florent Pagny dans l'âme tout ça, « prenez mes gosses, ma brosse à dents, ma vie privée  etc, mais je garde ma liberté de penser. »
Abadidabou :
(Rires) Voilà, je préfère rester un peu « indépendante ». Pour l'instant, ça reste du plaisir. Je reste tout de même ouverte à des collaborations, que ça soit pour des tee-shirts ou autres. J'ai d'ailleurs quelques pistes en tête. Et puis comme ça quand j'aurais mon propre site je pourrai(s) peut-être sortir des mugs avec des portraits de la Reine d'Angleterre au stylo BIC dessus, qui sait. Je ne m'interdis rien (rires).

On a pu constater que tu étais de plus en plus sollicitée à diverses occasions, mais qu'en est-il de ton rêve à long terme ? Ne donne pas de limites à ta réponse, ton rêve peut être aussi bien absurde que concret, dans l'idéal comme dans l'absolu.
Abadidabou :
A long terme, pouvoir vivre de ma passion. Être payée pour faire un truc que j'aime, et ne pas me demander comment je vais finir le mois. Depuis ma première exposition au Projet 611 (les premiers à m'avoir fait confiance) tout s'est enchaîné : une série pour Raise Magazine, deux expositions au Point FMR... Je prends plaisir à faire des petites commandes mais je vise quelque chose de plus régulier. Encore une fois je ne m'interdis rien, mais m'octroie souvent quelques moments de réflexion. Maintenant, si demain les serviettes hygiéniques Nana me demandent de dessiner leur prochain slogan ou leur identité visuelle, je pense que non, je ne le ferai pas.

Et ce rêve bleu, ce rêve fou ?
Abadidabou :
Devenir photographe reporter animalier. Genre partir 6 mois dans la jungle pour National Geographic. J'aime beaucoup le travail de Vincent Munier, par exemple. Mais à mon avis, j'aurais trop peur pour en faire de même.

Pour finir, qu'est ce qu'on pourrait te souhaiter ?
Abadidabou :
De ne pas finir dans Confessions Intimes. Ce serait déjà bien.

 

++ abadidabou.tumblr.com

 

Propos recueillis par Thomas Rietzmann.

 

 



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    Commentaires

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    • micky - Lundi, 13 Février 2012

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