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Reportage

Cooligans

Samedi, 15 Décembre 2007

En pleine célébration de la sneaker mania, un mythe s'effondre : le culte des baskets ne vient pas d'Amérique. Il serait né il y a trente ans au nord de l'Angleterre, à Liverpool. Derrière cette frénésie, pas de star du hip hop ou de créateur tendance mais ceux que les Anglais aimeraient bien oublier : les hooligans.

 

Il est des supporters à larges sombreros, à perruques jaunes et vertes et maillots assortis. Ils frappent sur de grosses caisses et reprennent sans fausses notes des musiques de fanfare. Ils s'accoudent aux buvettes et savourent des sandwichs sortis d'aluminium. Le match terminé, ils s'endorment en famille sur une banquette de car et rêvent d'inscrire un but en finale du Mondial. Mais il est d'autres fans qui portent le combat en dehors des pelouses, jusqu'à la une des 20h00 et des pages faits divers : les hooligans.
Nés au début du siècle dans les tribunes anglaises, ils s'organisent en bandes et hurlent à pleins poumons leur folie pour le jaune ou leur passion du vert. Massés derrière les buts, ils tentent de convertir les amateurs de bleu, de rouge ou de rayures à coups d'arguments chocs. Rivalités sociales ou arbitre distrait, les motifs sont nombreux pour enfoncer la grille qui sépare les deux camps et déclencher l'émeute. Après plusieurs blessés, le mouvement hooligan s'essouffle après la guerre.

Mais en 77, the boys are back in town, des loges présidentielles de première division jusqu'aux gradins en bois des terrains amateurs. Chaque week-end, les casseurs jaunes et verts s'entretuent dans les gares ou les terrasses de pubs. Ils se baptisent eux-mêmes et s'appellent Headhunters, Bushwackers ou Zulus. Chelsea gagne la coupe du club le plus violent pendant que Dany Brown ou Tony Covele, meneurs antisociaux de ces mouvements de foule, deviennent aussi célèbres que les joueurs qu'ils supportent. En marge des rencontres se déroule un tournoi où les prises de kung-fu remplacent les dribbles habiles et les frappes de volée. Jusqu'à l'assassinat d'un maniaque de Blackpool par un fan de Bolton, poignardé dans la rue qui bordait sa tribune.
La police interpelle les supporters violents et les journaux anglais apprennent à leurs lecteurs à repérer le bon du mauvais supporter : le bon vient en famille et porte un sombrero quand le mauvais emprunte à l'allure des skinheads : tatouages et crâne rasé, blouson noir Harrington à doublure écossaise, polo Fred Perry blanc, jean Levi's 501 raccourci aux chevilles et Doc Martens montantes. Les peines de prison tombent.

La riposte vient alors du nord de l'Angleterre. A Liverpool, les turbulents du club trahis par les articles de la presse horrifiée, rangent leurs boots au vestiaire et investissent en masse dans le sportswear bourgeois. Adidas et Paul Smith, Lacoste ou Burberry, Ralph Lauren et Barbour, permettent aux hooligans de se fondre à la foule et d'échapper ainsi aux contrôles de police. Superstars ou Samba, München et Kopenhag, la tennis Adidas devient le fournisseur des gangs du championnat soucieux de discrétion. Mais l'allure anonyme de ces M. Tout-le-monde devient au fil du temps l'uniforme obligé des tribunes britanniques.
Désormais le respect se gagne à coup de semelles, mais de semelles siglées. Ces nouveaux hooligans rebaptisés « casuals », se jettent avec passion dans la quête infinie du soulier collector, prêts à vendre bouilloires et services à café pour décrocher la paire la plus inabordable. Quand arrive le dimanche, plus question de lustrer la Rover familiale, place au grand nettoyage des tennis dernier cri.

Wade Smith, jeune employé d'un magasin de sport, voit la mode émerger et ouvre sa boutique au coeur de Liverpool. Il propose aux patrons d'Adidas à Münich de lancer un modèle jusqu'alors inconnu dans les stades outre-Manche : la Forest Hill, tennis blanche à bandes jaunes, cousine de la Nastase. Après vingt et un jours, les stocks sont épuisés. En un peu moins d'un an, Wade Smith vend cent mille paires de la marque aux trois bandes. Huit mille casseurs des stades essayent les Palermo, sept mille teigneux des buts se chaussent en Corsica. Le phénomène s'empare de toute la Grande-Bretagne et après Liverpool, des casuals naissent à Londres, Manchester ou Dublin. Sans le savoir encore, les hooligans anglais créent une sneaker mania, dix ans avant l'hommage du groupe Run DMC, My Adidas. Mais les boutiques sont rares dans un pays en crise frappé par le chômage.

Les fans de Liverpool vont trouver la parade. Au début 80, le club presque centenaire accumule les victoires pendant les coupes d'Europe. Les supporters anglais enchaînent les déplacements à Zürich ou Paris et font du lèche-vitrine avant d'entrer au stade. Quand Liverpool s'envole au Bayern de Münich jouer sa demi-finale, les supporters du club achètent une nouvelle paire, les toutes dernières Trimm Trabs, genre d'Adidas Gazelle à la semelle épaisse. La Trimm devient un must dans les gradins anglais. Puis Liverpool FC joue sa finale de coupe face au Real Madrid, à Paris. De Concorde à Nation, les hooligans anglais parlent souplesse du cuir, qualité des coutures et couleurs assorties. Les magasins de sport préfèrent baisser rideau ou tolèrent au compte goutte et sous l'oeil des vigiles ces coquets supporters en quête de chaussures neuves.

Trois décennies plus tard, le culte des tennis est toujours en vigueur dans les travées anglaises. Les Adidas Vienna, ZXZ ou Grand Slam ont créé la même passion chez les jeunes supporters, relayées par Nike Air ou encore New Balance. Mais ces marques sportswear sont aujourd'hui les cibles de la police des stades. Certains pubs interdisent les allures hooligans et Burberry annonce qu'elle ne fabriquera plus sa casquette de base-ball. Une famille de casuals appelée « Burberry Boys » avait pris à partie un car de supporters de l'équipe de Turquie. Mais jusqu'à ces jours-ci, aucune interdiction n'a frappé les tennis. Les dérives des casuals peuvent alors continuer.


Par Martin Vincent // Photos: DR.



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Commentaires

Les commentaires sont modérés.
  • Benjamin - Vendredi, 18 Avril 2008

    Hello, c est fou: est-ce que tous les minets qui collectionnent des baskets collectors à Paris sont au courant de ça? tcho tcho

  • Vincent - Vendredi, 18 Avril 2008

    Il en existe des dizaines, voici les deux meilleurs: -\"Casuals\", de Phil Thornton, chez Milo Books. c est le livre de référence sur la question. à peu près 12 euros. -\"A casual look\", de Lorne Brown et Nick Harvey. c est un livre de photos qui retrace tous les looks des casuals des années 80 jusqu à nos jours. à peu près 15 euros.

  • Vincent - Vendredi, 18 Avril 2008

    Lineker, tu as dû voir \"Green street\" avec Elijah Wood, l acteur du \"Seigneur des anneaux\". c est un film inspiré des violences de l ICF, les hooligans de West Ham. mais la référence en la question est bien \"Football Factory\" sorti en 2004, tiré du livre de John King: parkas Burberry s, Reebok et bagarres ultra-réalistes. Jette aussi un oeil à \"The firm\" avec Gary Oldman et \"I.D.\", film culte jusqu à l arrivée de \"Football factory\". enfin, très bon aussi, et très beau, \"It s a casual life\". voici un lien vers une scène de \"Football factory\": à toi de juger! http://youtube.com/watch?v=-ItlBeBcueY

  • lineker - Vendredi, 18 Avril 2008

    J ai vu un film y a pas longtemps sur le sujet... sur Canal, je crois. Violent mais intéressant.

  • antonin - Vendredi, 18 Avril 2008

    enorme !y a-t-il des livres qui parlent du sujet?

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