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Reportage

Métaphys'Hits

Jeudi, 24 Novembre 2011

Y'a-t-il un rapport entre Jenifer et Nietzsche ? Un écho de Heidegger chez Claude François ? Académiquement, le tube est "un tuyau par où les liquides et gaz peuvent circuler". Entre ça et le tube intestinal, le tub matinal, la fringue under-90's "top-tube", c'est mal barré pour le glamour : le tube est, par définition, sale. Soupes populaires ou "saucissons" comme on les appelait avant Boris Vian, rengaines grasses et caloriques, prêtes à être bouffées par n'importe qui n'importe comment... on est loin de la musique platonicienne élitiste, qui développe ton intellect et te fais approcher le monde des idées. Tube au ton plat, caverne de Platon, même combat. Puisque le hit semble être l'ombre ratée de la pensée, il s'agit d'en sortir. De s'en sortir. Alors philo VS disco ? Pas si sûr.
 


<3 Nietzsche, ou quand la philo rend cool
Après quelques recherches, on s'est aperçu qu'une masse de groupes exploitait la philo comme passe-droit qualitatif (...ou non). On note, entre autres :

We know, Plato!
: sang frais en phase d'accession au monde des synthés
The Finkielkraut's : de l'être-au-monde jeune et revigorant
Jean d'Ormesson Disco Suicide : le fameux second degré postmodern from Julien Honoré
Plato's soul : groupe de San Diego, effectivement saoulant
The Karl Popper's : ils méritent qu'on leur crache des extraits de Kant à la face
Plato's republic : pop-rock band douteux aux mélodies aussi laborieuses que le bouquin
Nietzsche, The musical! : merdeuse perfection dont les influences vont de « Freud à Foucault en passant par Kanye West et Little Miss Sunshine »
Eric Duyckaerts, projet Kant : insultes en musique au Critique de la Raison Pratique qui la bannissait en mode catégorique
The Nietzsche Music Projet : une opérette sur les compos de Nietzsche qui... mais là on part peut-être un peu loin.

Alors, dans l'autre sens, Quid des études du tube ? Certains philosophes ont-ils cherché à rendre Amel moins bê(n)t ?

Platon aux platines, ou quand la philo parle de disco
Si la philo était avant tout « création de concept » (dixit Deleuze), on penserait bien sûr au Dictionnaire de la mauvaise foi musicale de Josselin Bordat et Basile Farkas qui décortique le langage conceptuel des critiques musicaux de tous azimuts... Mais là on triche un peu, on les cite parce qu'on les aime bien.

On pense aussi à Adorno qui a régulièrement jasé sur le jazz. Dans plusieurs écrits dont Abschied vom Jazz (Adieu au Jazz), il répète en boucle qu'il n'y a rien à sauver dans le jazz, cet espèce de déchet pop' voué à périr. Perte de temps pure ou aveu de l'impuissance du philosophe, et de la rancœur qui en découle, à penser une musique qui, précisément, dépasse la pensée. Kant de son côté nous dit qu'aucune forme de musique ne vaut la peine d'exister tandis que Jankélévitch dans La musique et l'ineffable fait une distinction nette entre la musique et la soupe populaire et donne seulement la première comme susceptible d'être conceptualisée. Il y aurait peut-être tout de même Peter Szendy... Ce quadragénaire, spécialiste de philo esthétique et de musicologie, cherche, dans La Philosophie dans le Jukebox (Editions de Minuit, 2008), à donner sens au plaisir honteux pris sur des tubes dégueus. Pourquoi, connaissant l'existence de Brodinski ou de Mondkopf, je passe de longues minutes à jouir secrètement sur Whenever Wherever ou La Isla Bonita ? Ci-dessous, trois de ses concepts :


1. Enfonce-moi ton gros tube
Si la musique est esthétique, le tube, lui, est érotique. Mouvement musical de va et vient incessant qui finit par l'exciter, maîtrise de l'objet sonore qui te fait face, totale intimité avec lui, paradoxe du cliché pop' qui semble t'appartenir en propre... le tube t'obsède parce que tu peux en jouir fissa, tu le connais par cœur avant même de l'avoir écouté en entier. Appuyant grossièrement sur les zones érogènes de tes oreilles, il est fait pour te donner du plaisir. Le tube, c'est le film X efficace à tous les c(o)ups.

 

2. On s'en branle (et ça fait de l'effet)
Erotisme en pratique : le tube se masturbe et nous avec. « la logique du tube c'est celle de l'auto-érotisme puisque le tube chante avant tout qu'il s'aime lui-même et c'est pour ça que si souvent nous sommes obligés de l'aimer. » (dixit Szendy). Le tube masturbe généralement sur un même mouvement de quatre accords (Am/F/C/G) et de quatre thèmes (mort, love, cul, fric) en se gorgeant de paroles méta-référentielles - c'est Claude François qui nous répète que « ça s'en va et ça revient », c'est Britney qui nous dit qu'elle a « did it again », c'est la « same old song » des Four Tops...

 

3. « L'être-re »
En fait, le mot d'ordre de tous les tubes et celui du marché c'est « être -re. » Mais encore ? « Etre-re, c'est-à-dire être heureux dans le «-re», dans la répétition éternelle de la consommation. Il s'agit là d'un énoncé philosophique, comme ceux qu'on peut lire sous la plume d'un Hegel ou d'un Heidegger : « Etre-là », « Etre-pour-la-mort », ... Etre -re, comme une détermination fondamentale de l'Homme. » explique Peter.

Les tubes qui philosophent sans le savoir
Mais finalement, c'est peut-être inconsciemment que le plus gros de la relation philo-disco se fait. Sans profondeur, écrits à la va-vite, les hits ? Pour en avoir le cœur net, on a été chercher dans les grosses chansons d'éventuels restes de Platon. Et on s'est rendus compte que Jay-Z et bon nombre de ses pairs philosophaient sans le (faire ?) savoir.

Exemples :

 

1) La phrase Nietzschéenne du « Ce qui ne me tue pas me rend plus fort » qui est présente un peu partout : chez Jenifer, Kyo, Jay-Z... cf. la vidéo de Slacktory qui récapitule tout les « What doesn't kill me makes me stronger » musicaux


2) Le stoïcien MC Solaar, maitrisé de philo, qui glisse des phrases choco pop' philo à tous azimuts : « les pensées sont des flowers qu'il faut arroser », « écarte Descartes et toutes les philosophies, étudie les lois universelles de la vie », « prends ton temps, la vie n'est qu'un moment », etc.

 

3) Le gigotant Nietzsche des Dandy Warhols (13 tales) qui boucle sur le fameux Dieu est mort: « I want a god who stays dead/Not plays dead/I, even I, can play dead ». Dieu est mort que l'on retrouve d'ailleurs (dans sa version english, God Is dead) en titre d'une vingtaine de chansons à travers le monde.


4) Booba, Montaignien avec son « sur le plus haut trône du monde on est jamais assis que sur son boule » (Pitt-Bull) ou Nietzschéen (again and again) avec son « c'est pas la rue mais l'homme qui m'attriste, comment leur faire confiance, ils ont tué le christ » (Boulbi).

 

5) A cela il faut (le faut-il vraiment ?) ajouter le Ma Philosophie d'Amel Bent, l'énième ratage de Ben Folds avec Philosophy ou la douteuse Chanson des Philosophes des Monty Pythons...



Blandine Rinkel. // Illustration : Agoston Palinko



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Commentaires

Les commentaires sont modérés.
  • Alain - Jeudi, 24 Novembre 2011

    Pas mal pour des djeunz

  • sisi - Jeudi, 24 Novembre 2011

    super article

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