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Trio post punk parisien, les Jordan sont actuellement sur le sol américain pour une tournée de trois semaines qui les emmènera de New York à la côte Ouest. Chaque mercredi dans Brain, ils racontent au jour le jour ce road trip en Dodge Caravan, entre concerts dans des sous-sols obscurs, parties de baskets sur des playgrounds, fêtes dans des punk houses et découverte de l'Amérique patriotique.
Bon voilà, je commence ce report. C'est pas facile de trouver un moment, d'abord parce que j'ai pas beaucoup eu accès à mon ordinateur et ensuite parce qu'on a joué tout le temps. Après une petite semaine de pause au retour de nos dates en Norvège il a fallu préparer notre premier tour aux USA. Le gros stress c'était d'abord de passer la douane. En fait, il faut un permis de travail pour faire une tournée déclarée aux USA et on n'avait pas vraiment les moyens de se payer ça. On a pris deux avions séparés pour NYC avec le minimum (une guitare, un sac de cymbales et une caisse claire et un clavier). Notre avion a 4 heures de retard et c'est assez stressant car on joue le soir de notre arrivée. On finit par passer la douane sans problème, et on file en taxi à la salle qui se trouve dans le Lower East Side. Il s'agit du Piano's, un ancien magasin de pianos reconverti en bar branché avec une salle très cool de 150 places. On fait une balance rapide. Ce soir, on joue avec Amy and The Electric, un groupe très bizarre, ambiance Diana Krall. L'accueil de l'équipe du lieu est mortel. On retrouve Bonnie qui nous héberge chez elle à Brooklyn pendant nos 3 jours à New York. Le concert est pas mal mais il n'y a vraiment pas grand monde et on est bien crevés. On fait un set court, on est pressés d'aller dormir. En sortant, on croise les Stuck in The Sound qui mixent leur album pas loin.
 Le lendemain soir, on joue dans la même rue que la veille mais dans une autre salle bien connue à NY, le Cake Shop. Le lieu est super cool, un coffee shop qui vend des disques et qui a un sous-sol avec un bar et une petite scène. Il y a 4 groupes ce soir. Matt l'organisateur n'a pas l'air très stressé, en gros les groupes arrivent au moment où les portes ouvrent et personne ne fait de balance. L'ambiance est bien différente de la veille. Ici on est chez les hipsters, ils travaillent dur pour être cool, mais ça paye ! Le premier groupe qui joue est Miami Beach, une performance très bruitiste et physique mais vraiment chouette. On enchaîne ensuite. Il y a pas mal de monde et les gens sont très réceptifs. Le concert se passe vraiment bien, on s'amuse beaucoup, ça accroche bien avec le public. Ensuite c'est Sarah de Parts and Labor qui enchaîne avec son side project « noveller » et un autre groupe dont j'ai oublié le nom... On passe vraiment un bon moment. On repart pour Brooklyn et on va boire des coups dans un bar du nuit qui fait des happy hours de 2 à 4 heures du matin. Vive l'Amérique.
Le lendemain, on part à Coney Island. Il fait très beau et malgré le fait que l'eau soit glacée, on se jette dedans en hurlant. On part visiter ensuite Brighton Beach (le quartier russe de Brooklyn). Le soir, on joue au Lit Lounge, salle assez hype toujours dans le même quartier. On arrive un peu tôt, l'ambiance est très bizarre. En gros, il y a pas mal de clubs à NY qui ont fait un business en faisant jouer des petits groupes. Ce soir, on ne joue qu'avec des groupes pas très enthousiasmants, un sous Strokes, un sous Whiskeytown, un sous Taking Back Sunday. Au final, notre concert se passe bien même si l'ingé son est complètement à l'ouest. On file chez Bonnie sous la pluie. Le lendemain, on récupère ce qui va être notre maison roulante pour un mois. Un Dodge Caravan 7 places (on est seulement 4...). La voiture est énorme. On part pour Philadelphie après avoir serré Bonnie dans nos bras (c'est fou le nombre de gens qui sont gentils avec nous). C'est plutôt plaisant de quitter NY. On arrive assez vite à Philly (seulement 2 heures de route). On part voir les marches du musée d'art où Rocky faisait son jogging. Il y a d'ailleurs une très belle statue de Stallone en boxeur en bas des marches. On se fait accoster par des Mormons avant de filer pour le K-Mart. Achats du jour : des duvets et surtout un ballon de basket ! On part jouer sur un playground, avant de se diriger vers le lieu où on doit jouer. En fait c'est une maison où habitent des kids en coloc. Ambiance American Pie garantie. On descend dans le basement voir le premier groupe. L'espace est minuscule, ça s'annonce bien. Le premier groupe est un duo, Rocket Rocket, plutôt chouette, assez Seattle 90's... On se prépare ensuite. Quelques problèmes pointent leur nez (pas de rallonges, pas de 3e micro). On finit par tout résoudre. La pièce est très basse de plafond. On commence le concert et tout le monde est très excité. Le basement est plein à craquer, les kids sont à 2 cm de mon visage. Le concert est complètement fou, les gens dansent et tapent dans leur main. On rentre dans une sorte de transe commune super fun. On finit le concert complètement trempé, un gars crie « my pants is stucked on my legs », cool quoi. On fait la fête avec eux, et on va dormir. 
Le lendemain, on part pour Baltimore, qui n'est pas très loin. Ambiance très bizarre à l'arrivée. Baltimore est en train de devenir une ville fantôme. Il y a beaucoup de maisons fermées, murées (les fameux subprimes ont fait beaucoup de mal ici...). On part manger dans un mall. La tête d'Obama est partout, c'est hallucinant. On dort un peu dans un parc et on file à la salle ironiquement nommée « charm city art space ». C'est un espace assez cool, tenu par un collectif de filles assez jeunes. Les groupes avec qui on joue sont très sympa. Kate, une des organisatrices, nous recommande d'aller au bar à côté en attendant le début du concert. On va boire des verres en regardant un contest de pizzaiolo — commenté comme un autre sport avec une US pizza team qui fait du break dance en pétrissant de la pâte. Un vieux monsieur très avenant nous aborde, nous offre une bière nous prend dans ses bras, nous caresse le dos et nous invite à « dormir » chez lui... Kate avait oublié de nous dire que c'était un bar gay... Gros succès des Français : « Si tu étais mannequin j'aurais des photos de toi chez moi » (!). On finit par s'installer pour jouer. Il y a pas mal de monde. Seul souci : la salle est tout en bois et le son n'est pas terrible. La batterie sur laquelle on joue tombe en miettes. C'est dur. Mais les gens sont très contents, tout le monde nous complimente et achète CDs et T-shirts... On finit la soirée chez Kate qui a une grande « punk house » (c'est elle qui le dit).

Le lendemain, Hillary, une des autres organisatrices, nous accompagne à Washington. On va voir les monuments : Capitole, Maison Blanche, Pentagone et compagnie. Ça fait bizarre de voir tout ça en vrai, cette débauche de patriotisme américain nous met un peu mal à l'aise. On arrive à Richmond en fin d'après-midi. La ville est à taille humaine (250 000 habitants) avec un gros campus. On joue en fait ce soir dans une boutique de fringues. Les deux propriétaires, Cassey et Marcheh, ont fait beaucoup de place. Elles nous emmènent directement boire des mimosas (champagne/jus d'orange ) que tout le monde ici avale comme de l'eau minérale. Grosse discussion politique avec un de leurs amis. Ce qui étonne le plus les Américains, c'est qu'on connaisse autant leur culture et surtout leur politique. La plupart des gens qu'on rencontre sont rarement sortis des USA et ne s'intéressent absolument pas à ce qui se passe à l'échelle mondiale. Une fille qu'on rencontre pense tout de même qu'en France on roule de l'autre côté de la route, qu'on utilise toujours les francs... mouais... Les clichés sont très présents (il paraît que les Français s'essuient toujours les fesses avec la même feuille de PQ par exemple...). Le tout reste bon enfant. On part à la boutique et on retrouve Karl et Max (!), nos hôtes. On se retrouve intégrés à toute une petite communauté de gens tous plus adorables les uns que les autres. Beaucoup de gens nous avaient décrit des tournées US apocalyptiques et là, étonnement, tout se passe extrêmement bien. Les trois premiers groupes sont folk, plutôt chouettes. On finit par jouer et tout se passe hyper bien. Cassey aime tellement le concert qu'elle promet de nous trouver un show pour le lendemain (censé être un day off à Richmond). On part ensuite dans un club qui s'appelle Couscous pour une soirée « bollywood ». L'ambiance est complètement folle : en gros les Indiens de Richmond côtoient les hipsters de la ville. Tout le monde se coordonne dans des chorégraphies impensables sur de la techno hindoue. En gros, si tu n'as jamais fait de booty au milieu d'un cercle formé par des Indiens en turban, tu n'as jamais fait la fête. On rentre (très) tard.

L'ambiance à Richmond est très laid back, tout se fait à pieds, tout le monde connaît tout le monde. On est vraiment tombés amoureux de la ville. On retrouve Cassey qui nous annonce qu'on a un concert pour le soir. On rentre faire la sieste avant de partir pour le concert. La soirée s'est vraiment déroulée bizarrement. En gros l'endroit où l'on doit jouer est un restaurant qui a été fermé pour avoir servi de l'alcool à des mineurs... Un groupe hardcore joue en premier devant personne... On joue au basket devant le lieu en se demandant si on doit vraiment jouer... On finit par retrouver Jonathan l'organisateur, sorte de sosie assez rigolo de Kurt Cobain qui gère un art space et nous promet que ça va être cool et que les gens vont arriver plus tard. Finalement des gens arrivent, tout le monde est très gentil, plein de chouettes discussions sur l'art, les cover bands de Minor Threat à Washington DC... Jonathan commence à « jouer » : il fait une sorte de performance où il crie dans un micro avec de l'eurodance derrière et deux de ses potes qui le frappent et le jettent à terre. C'est assez « avant garde », comme me dit Karl en souriant. On finit par s'installer pour jouer après avoir attendu tout ce temps. C'est assez embêtant, il n'y a qu'un seul micro. Du coup Baptiste et moi nous mettons face à face et on se jette le micro... On joue super fort, mais bon, un concert est un concert et les gens sont très cool. On fait 4 chansons et on file au Mojo's boire des coups avec Karl. On rentre chez lui (je ne sais plus pourquoi mais son frigo est rempli de boîte d'houmous qu'il a gratuitement...) et on écoute des vinyles punk rock en se promettant de monter une tournée ensemble. On quitte Richmond le coeur gros avec des promesses de revenir bientôt. Prochaine étape, Charlotte !
Lire la deuxième partie du Jordan US Tour: ici. Lire la troisième partie du Jordan US Tour: ici. Lire la quatrième partie du Jordan US Tour: ici. Texte et photos: les Jordan. Merci à Take Care.
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