| Jordan US Road Trip Part 2 |
| Mercredi, 29 Octobre 2008 | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
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Trio post punk parisien, les Jordan sont actuellement sur le sol américain pour une tournée de trois semaines qui les emmènera de New York à la côte Ouest. Chaque mercredi dans Brain, ils racontent au jour le jour ce road trip en Dodge Caravan, entre concerts dans des sous-sols obscurs, parties de baskets sur des playgrounds, fêtes dans des punk houses et découverte de l'Amérique patriotique. Cette semaine: le Sud.
Voilà un petit résumé de notre deuxième semaine aux USA dont le maître mot a sûrement été « Go South ! ». Lundi soir direction Charlotte, une ville qui nous faisait rêver quand on était petits à cause des Hornets. La ville est totalement déserte. Aux USA, comme tout le monde conduit, passé une certaine heure, il n’y a plus personne qui marche dans les rues. On arrive en début de soirée au Heck Yeah Coffee, un centre pour les bike messengers (café/infos/salle de concert). On réalise que l'accent a changé et c'est plus galère de comprendre les gens. Ambiance tough guys surtatoués mais plutôt cool. Brent, le boss du coffee, nous explique qu'ils vont transformer le lieu en salon de tatouage et que les inspecteurs de l'hygiène doivent venir demain. Du coup, le concert est déplacé dans la maison adjacente qui doit être détruite le lendemain. Brent passe Weezer à fond dans la maison vide et nous file des bombes de peintures pour tagger toute la maison. Bo, qui organise le concert, arrive sur les coups de 22 heures avec le matériel. On s'installe dans ce qui devait être le salon pour jouer au milieu des tags devant la cheminée. Un bon nombre de gens arrivent, tout le monde boit pas mal, l'ambiance est super classe ; si vous avez vu la série Burn to Shine de Dischord, c'est assez proche... On commence à jouer et ça se passe vraiment bien. Le matos est super cool, le son aussi, les gens très attentifs. Bref, on est vraiment contents. Après nous, c'est Pattern is Movement qui s'installe, un groupe de Philadelphie qui buzz beaucoup aux USA en ce moment. Et là, c'est la grosse claque. Un duo clavier/batterie comme un mélange de Shellac, Will Oldham et un Arcade Fire lo-fi, très technique et magnifique. Ils font un rappel : reprise complètement géniale de Everything In Its Right Place de Radiohead. L'ambiance est survoltée. Après le concert, on boit pas mal de coups sur les canapés éventrés dans la rue. Les gens commencent un peu à péter les plombs, ils détruisent complètement la maison et finissent par faire une bataille de bouteilles en verre... OK, on file dormir chez Bo. Il nous explique qu'il bosse pour Muzzak, la compagnie qui a donné son nom à la musique d'ascenseur. En gros c'est lui qui fait les playlists qui passent chez Gap ou Macy's !
Le lendemain, départ pour Chapel Hill, ville universitaire située pas très loin. La route est jolie et la ville est en fait un gros campus. On part manger des pizzas dans un lieu assez flippant où les étudiants boutonneux engouffrent des quantités de pizzas comme des robots. Le hasard fait bien les choses : on retrouve Pattern is Movement qui joue juste à côté. On file ensuite à la salle. Il s'agit en fait d'un gros bar à 2 étages, le Reservoir, décoration communiste et playlist presque parfaite. Le groupe qui joue avant nous s'appelle Blood Red River, genre rock'n'roll rockabilly avec étuis de guitares en cercueil et tout le folklore. C'est pas génial mais les mecs du groupe sont vraiment gentils. On s'installe juste après, il y a un peu de monde et les gens sont très chaleureux. Mike le barman est super cool et son grand défi est de nous faire boire des trucs très bizarres (mais bon, what goes on tour... stays on tour). On s'arrête à un dinner ouvert 24/24 où des flics draguent des étudiantes... Bizarre.
Etape suivante, Athens et malheureusement premier couac d'une tournée qui se passe jusqu'ici comme une lettre à la poste. Le bar où on joue s'appelle Go Bar et appartient en fait à Michael Stipe, le chanteur de R.E.M. Le lieu est assez cool, un peu trop lounge pour moi. On se rend compte en fait que la première partie du concert est assurée par le dernier débat Obama/McCain. Heureusement, on est bien chez les démocrates. L'organisateur du concert finit par arriver mais a l'air totalement à l'ouest, soit très défoncé, soit très bête, soit les deux. On lui explique qu'on a besoin d'une batterie, ce qui ne semble pas le paniquer même s'il lui manque la moitié des fûts et des pieds. Le débat politique est assez bizarre, en fait les candidats parlent chacun leur tour, il n'y a pas de discussion, ambiance langue de bois assurée. Il est clair que le charisme d'Obama sauve l'histoire, McCain déblatère son programme avec une tête de méchant de dessin animé (armes / anti-avortement / anti-mariage gay / pro-guerre... la totale...). A minuit, l'organisateur du concert s'installe pour jouer une sorte de one man band de grand n'importe quoi. On lui explique après son concert qu'on ne peut pas jouer sans batterie. Il nous fait sa tête de neuneu. Heureusement, un des potes de Mike de Chapel Hill est venu et propose de nous loger. Il nous remonte le moral en nous racontant comment une fois où il avait trop bu il avait chanté Everybody Hurts de REM en karaoké dans ce même bar alors que Stipe, furax, était au comptoir. On finit la soirée chez lui.
Le lendemain, on file pour une hot dog party devant un magasin de disques / vélos avec tous les hipsters de Jacksonville. Ils nous gavent de veggie saucisses et nous donnent plein de T-shirts. On part ensuite pour Gainesville où on doit jouer le soir même. Pour beaucoup, Gainesville est la mecque d'une certaine vision du rock DIY, le berceau à la fois de Hot Water Music, Plan-it-X, Ghost Mice et le lieu où se déroule « The Fest », le festival punk le plus fou des US (200 groupes en 4 jours dans 17 endroits cette année...). On arrive en pleine Gay Pride mais c'est pas la grosse ambiance. On part manger et on file à la salle. Les concerts commencent vraiment tard et en plus on est samedi. Ce soir, on joue au Kickstand, centre communautaire qui ne marche que sur le volontariat et qui permet à la fois aux gens de voir des concerts et de se construire un vélo à partir de plein de morceaux récupérés ici et là dans le hangar. On retrouve les organisatrices Amber et Denise (très beau tatouage « ni dieu ni maître » en français !). On s'installe pour jouer en flippant un peu sur l'affluence, mais le groupe qui joue avec nous a ramené tous ses potes et au final, le concert est vraiment super cool, les gens chantent, tapent dans leurs mains et dansent. Ça fait plaisir. Le groupe suivant, The French Paradox, enchaîne ensuite, pas très carré mais plein de bonnes idées. C'est leur premier concert. Première after party dans le hangar, Earnie le DJ mixe baile funk et french touch de manière plutôt cool. Les kids dansent comme des fous. Il est déjà quelque chose comme 3 heures du matin mais les kids nous emmènent dans une grande maison pas très loin, grosse grosse fête. Scène assez surréaliste où le clip de Windowlicker d'Aphex Twin passe sur un écran plasma de la taille de mon premier appartement. Phrase culte de la tournée : « C'est bizarre quand même d'être là… ».
Lire la troisième partie du Jordan US Tour: ici. Lire la quatrième partie du Jordan US Tour: ici
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