Reportages
Jordan Us Road Trip Part 3
Mercredi, 05 Novembre 2008

Trio post punk parisien, les Jordan sont actuellement sur le sol américain pour une tournée de trois semaines qui les emmènera de New York à la côte Ouest. Chaque mercredi dans Brain, ils racontent au jour le jour ce road trip en Dodge Caravan, entre concerts dans des sous-sols obscurs, parties de baskets sur des playgrounds, fêtes dans des punk houses et découverte de l'Amérique patriotique. Cette semaine: le Texas.

 


Troisième semaine aux USA. On commence à se sentir bien décalés, la métaphore de la tournée c'est un peu la série Sliders, on passe des sortes de trappes spatio-temporelles. Après notre folle équipée floridienne il est temps de rejoindre le Texas. On s'arrête le temps d'un day off à New Orleans, en Louisiane. En arrivant, on voit toujours les dégâts causés par Katrina et les multiples catastrophes qui ont frappé la ville. En gros, les quartiers riches et touristiques sont restaurés comme si rien ne s'était passé et les quartiers pauvres ressemblent à un film de zombies. On visite le centre, c'est joli mais un peu angoissant, un tour operator propose quand même un circuit Katrina. Vive l'Amérique ! On fait une partie de basket au milieu de plantes tropicales. Le soir même pas de concert, on doit dormir chez une certaine Kelly, rencontrée sur le site couchsurfing (sorte de MySpace pour dormir gratuitement chez les gens). On la retrouve pas loin de chez elle mais là on sent le changement, Kelly est baptiste (une église très populaire aux USA et très radicale). En gros, « Jésus est dans mon coeur blabla... », « Je déteste les yankees, je suis une redneck »… On évite le sujet Obama bien évidemment...



Le lendemain, on part enfin pour le Texas. En entrant dans l'Etat, un panneau nous prévient « The State of our beloved President George W. Bush ». Cool... Le paysage est mortel, bêtes à cornes, ranchs et grosses très grosses voitures... On arrive à Houston assez tôt. On est contents car ce soir, on va rencontrer Rich qui a booké toute notre tournée sans même nous connaître. Le club est encore fermé, on file en face boire des coups et jouer au ping pong dans un décor de mariachis et de barmaids en plastique chirurgical. On part au club qui est assez incroyable, rideau rouge, grande scène, semi-pénombre… Un peu comme dans Une Nuit en Enfer. On se fait entièrement dévorer par les moustiques, le climat est vraiment tropical... Le staff est très sympa. Rich finit par arriver, on le serre dans nos bras. Le premier groupe commence et c'est très très bizarre, NIN pas calé. Le chanteur, un teenager post crystal meth, est fan de Jordan, il connaît même notre premier E.P, c'est assez surréaliste... On enchaîne et le concert se passe vraiment bien. Après avoir joué dans pas mal de lieux à l'arrache, ça fait du bien d'avoir un gros son, des retours... Les gens sont vraiment cool. On part chez Rich, qui a un Chevy van rouge incroyable. Houston est une ville immense, passer devant les buildings dans la nuit à toute blinde sur un échangeur gigantesque est vraiment une expérience chouette.

Le lendemain, on part pour Austin, que tout le monde nous a vanté pendant 2 semaines comme la meilleure ville américaine. On attend de voir. Il fait très très chaud. On file à Barton Springs, une baignade perdue au milieu de la nature. L'eau vient de la rivière, encore une journée difficile dans la vie de Jordan ! On part ensuite au club. Le concierge pète un plomb parce qu'on n'a pas frappé. Un gros black qui répète en boucle la même chose avec des yeux qui n'évoque pas que l'eau minérale. Phrase culte : « Je suis pas punk moi mais si on moshe je te mets ta branlée ». OK monsieur... On part dans le centre d'Austin pour manger. En fait la ville ressemble à un gros Disneyland rock'n roll bien fake. Des bars qui incitent à la consommation, des salons de tatouages partout. Au final, je trouve ça assez décevant. On mange chez « Hoek's Death Metal Pizza ». Malgré tout ça me fait plaisir de passer devant Emo's, une salle plutôt légendaire dans le circuit indie US. Austin est surnommée « la capitale mondiale de la musique live », 300 clubs y présentent de la musique live presque tous les soirs. On retourne au Red 7. Le club ressemble un peu aux Foufounes Electriques de Montréal pour ceux qui connaissent. Ce soir, il y a deux concerts, un dans la salle et un sur la terrasse, 8 groupes en simultané ! Et le concert en extérieur est bien étrange. Un groupe de kids habillés en clowns qui font du métal, un tribute band à Jimi Hendrix avec un dreadlocké qui frappe sur des poubelles... A l'intérieur, on rencontre les groupes avec qui on partage l'affiche qui sont super gentils et vraiment contents de jouer avec nous. On rencontre aussi James, Anglais expatrié avec de jolis tatouages sur les mains, qui organise notre concert. Les groupes s'enchaînent et jouent super super longtemps. L'ennui pointe son nez, surtout qu'on joue en dernier. Et comme souvent dans ce cas-là, quand on monte sur scène on a envie de tout déchirer. Et le concert va être incroyable. Pas la foule des grands jours mais des gens hyper réceptifs, claps de mains et singalongs ! Au dernier morceau, on s'arrête et on fait monter une grande partie du public sur scène. Moment de transe quand James et ses potes investissent la batterie. Baptiste apprend sa partie de clavier à un autre gars et je finis debout sur la grosse caisse au milieu du bordel. On a enfin réalisé notre fantasme Girl Talk. Les gens viennent tous nous voir et on vend beaucoup de CD's. Au moins on aura fait une grosse impression à Austin.



Le lendemain, nouvelle date au Texas (comme un T-shirt l'indiquait dans une boutique d'Austin, « Texas is bigger than France ».). On part pour San Antonio. On continue le pèlerinage des équipes NBA ! La ville est vraiment chouette. On sent qu'on s'approche du Mexique. On croise plein de cowboys à grosses moustaches et tout le monde parle espagnol. On part dans le centre ville et on mange au bord d'un canal artificiel, Venise à la sauce texane. On part à la salle située un peu en dehors du centre ville. L'organisateur du concert s'appelle Jordan et il est tout content. On arrive près de la salle et on rencontre un des groupes avec qui on va jouer : Cure for the Radio, des kids trop gentils et super heureux de jouer avec nous. Le premier groupe s'installe et comme souvent ici, je ne comprends pas trop la démarche. Avoir 15 000 $ de matos, 5000 $ de fringues et de tatouages pour pas être carré et faire un sous sous-truc que t'as entendu à la radio... Bref, c'est pas très mémorable. Les kids enchaînent et là, enfin, ça fait plaisir, ça joue et ça se jette dans tous les sens. Les gens connaissent leurs chansons. Vraiment un bon concert ! On s'installe ensuite. Il y a vraiment pas mal de monde, la scène est juste bien, ni trop petite ni trop grande. On commence et l'ambiance est démente. On descend de scène au milieu du premier morceau, tout le monde clap des mains, c'est la folie furieuse. On fait monter ensuite le chanteur de Cure for the Radio sur scène pour une petite démo de maracas. Le concert se passe ultra bien, on fait chanter tout le monde. Bref, un des meilleurs de cette tournée. On reste sur le trottoir avec les kids qui essaient de nous impressionner à tout prix « moi je mange de l'alligator bien sûr », « tu devrais essayer l'héroïne, c'est vraiment cool ». Malheureusement, ce soir, l'afterparty s'arrête sur le trottoir.



On doit rejoindre El Paso, juste à la frontière mexicaine, très loin, donc départ juste après le concert... La nuit est assez mystique, traversée du désert, cactus géants... On finit par s'arrêter pour dormir au bord de la route. On se réveille au milieu de nulle part et on file manger des breakfast burritos... On arrive en début d'après-midi à El Paso. La ville est mortelle, mais on ressent une impression bizarre. On longe un grillage qui est en fait la frontière mexicaine. On croise des tonnes de voiture de la Border Patrol, des sortes de pick ups munis de cages minuscules pour mettre les clandestins. De l'autre côté de la frontière c'est Juarez, une ville connue pour le nombre sidérant de femmes enlevées et assassinées puis enterrées çà et là dans le désert... En gros, les femmes qui viennent travailler dans les usines de textiles américaines sont enlevées puis placées dans des bordels, ou pire torturées dans des snuff movies ou des safaris humains pour riches américains... Ça fait un drôle d'effet quand même... Le concert a lieu dans un café assez lounge, le Percolator. La première soirée est consacrée à une lecture de poésie. Assez glauque en fait, tous les membres du public boivent du vin pour faire plus poète j'ai l'impression. Bobby qui nous accueille est vraiment cool. Le premier groupe à s'installer est un groupe hip hop. Habillé tout en fluo, encore avec des fringues très chères et un gros problème de calage. Leur concept est de faire des covers et de rapper par dessus... pas génial quand même. L'ambiance est assez décalée. Le concert est organisé par un jeune chanteuse (ambiance Vanessa Carlton mexicaine) et sa mère. Toutes les deux adorables... On enchaîne ensuite pour un set court (problème de timing), le public est assis c'est assez bizarre. Mais finalement, les gens sont très réceptifs et après 5 morceaux, tout le monde vient nous voir et nous achète des disques. Les gens nous font plein de compliments. Le groupe qui enchaîne ensuite s'appelle Gideon... Un trio emo ultra-commercial mais vraiment bien foutu. Moment bizarre tout de même quand les 3 membres se prennent les mains et font une prière avant de commencer le premier morceau. On n'avait pas vraiment capté mais la soirée est ultra-christian rock. Moment de gêne quand on repense à notre set « this next song is about satan ». Le groupe remercie une dernière fois Jésus et remballe. On retrouve MJ qui nous avait aidé à trouver une batterie à la fin du concert. Il nous emmène longer la frontière mexicaine et la nuit, ça fait assez froid dans le dos. On finit la soirée en écoutant les tout premiers 45t de At the Drive In, un de nos groupes préférés qui vient d'El Paso. La boucle est (presque) bouclée. Demain on continue dans le désert, direction cette fois l'Arizona et la Californie...

 

 

Lire la première partie du Jordan US Tour: ici.

Lire la deuxième partie du Jordan US Tour: ici.

Lire la quatrième partie du Jordan US Tour: ici.

 

Texte et photos : les Jordan // Merci à Take Care.



Les commentaires sont modérés.
Rien de grave, il suffit juste d'éviter
les mots grossiers, les insultes et d'avoir
lu l'article en question.


 
DailyBoners.com 2008-11-05 15:14:56
Putain, très bonne ambiance, La même que dans cet episode de sliders où Queen
Mallory arrive dans un monde parallele peuplé uniquement de Rednecks.
Billy 2008-11-06 10:58:56
Génial!!!
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