Interviews
Dizzee Rascal - Balls & Chips
Mardi, 15 Septembre 2009

On se souvient de son arrivée à dix-sept ans dans l’industrie avec In Da Corner : un maximum d'agressivité vocale sur des beats injectés d’azote liquide. Le meilleur témoignage des quelques heures fastes que connut la musique grime. Six ans et deux albums après, le tout ponctué de tournées avec The Prodigy ou Red Hot Chilly Peppers, Dizzee Rascal a su garder son trône, n’hésitant pas à aller chercher un son différent chez les poids lourds de la musique électronique de masse.  Aujourd'hui, le chenapan du rap anglais occupe le terrain plus que jamais. Il est de retour avec un quatrième album, Tongue N Cheek, dont les derniers singles extraits, Dance Wiv Me, Bonkers, Holiday, sont déjà successivement passés numéro un en Angleterre.


Le grime est mort, pourquoi ?
Dizee Rascal : J’en sais rien man, j en sais rien… (sourire)

A part toi, Kano et deux trois autres. Survivants…
Dizee Rascal : Ben ouais…

Comment tu as fait pour survivre au grime, t’as une formule ?
Dizee Rascal : Moi, je me considère comme un artiste. A l’époque où j’ai été mis en avant de la soi-disant "scène grime",  je ne me considérais pas comme en faisant partie. Pour moi, je faisais juste de la musique à partir de ce que je connaissais, de ce que j’avais autour de moi. Je fais toujours la même chose. Je fais avec ce que j’ai à disposition, j’ai juste plus d’opportunités, alors j en profite. Avec Basement Jaxx, Calvin Harris, Arman Van Helden… j’essaie différents trucs.

Revenons au passé. C’est quoi le bilan de ton enfance dans le Bow (quartier d'East London ndlr) ?
Dizee Rascal : Du bon… du mauvais. Non attends… plus majoritairement du bon en fait au fur et à mesure que je vieillis. Plein de bons souvenirs. Je suis heureux de mon parcours, compte tenu d’où je viens… J’ai plein de bons souvenirs. Et ça se reflète dans mon album plus que jamais. A l’écoute de mon premier album, on aurait pu croire que j’ai eu une enfance terrible. Mais c’est juste que ne savais faire que des trucs hardcore. C’est tout ce que je connaissais. Je ne maîtrisais pas assez pour faire un morceau comme Holiday, et le faire bien. Je n’aurais pas pu faire un truc comme Holiday il y a six ans.
 
On sent plus de nostalgie dans ta musique, dans Chillin Wiv Da Man Dem par exemple…
Dizee Rascal : Oui, de plus en plus. J’aime toujours glander avec mes vieux potes. J’en ai moins l’occasion. Je le fais toujours, mais moins qu’avant…

Rétrospectivement, on se rend compte que si ton flow et tes paroles n’ont pas trop changé, tes productions ont au contraire beaucoup évolué. C’est délibéré de ta part ?
Dizee Rascal : Oui, absolument. A un moment donné, j’ai trouvé que j’avais fait le tour de ce style hardcore et nerveux qui m’était familier. Que j’avais été aussi loin que possible dans ce style. C’est lui qui m’a ouvert les portes des charts, des gros concerts, des festivals. Mais il me manquait encore ce statut, cette reconnaissance, cette diffusion en radio qu’ont les popstars. Avec Dance Wiv Me, j’y suis  arrivé. J’ai vu que je pouvais rapper sur de la dance. Et à partir de là j’ai voulu laisser courir le ballon. Dans mes autres album il y avait des hits mais pas mal de remplissage. J’ai voulu faire un truc pop. Avec que des hits. Que des trucs qui frappent. Un album avec une véritable party vibe. Même avec des trucs un peu débiles, faciles, comme Snoop sait faire. C’est un peu con, mais j’adore ces morceaux.

 




En parlant de Snoop, il improvise beaucoup et la scène UK est très orientée sur le freestyle. Tu improvises ou tu écris ?
Dizee Rascal : En fait non, j’écris beaucoup. Sur des beat existants que j’ai dans mon lap top. Road Rage, je l'ai fait sur du Lil' Jon pendant ma tournée aux US.  Deux jours plus tard, j’ai entendu Aaron Lacrate jouer un de ses propres beat en soirée. J’ai été le voir et je lui ai demandé de le prendre. Je me demande s’il ne l’a pas joué exprès ce soir-là pour que je le prenne!

On parlait de nostalgie ; elle transparait beaucoup dans tes sons de ton dernier album. Tu sembles utiliser des vieux trucs mais avec un son plus gros.

Dizee Rascal : Oui, j’aime utiliser ces vieux trucs, des vieilles boucles, et les mettre au goût du jour. Pour Money Money Money, j’ai samplé un truc que j’entendais dans les années 80. Tu sais (il fredonne) : « Money talks, money talks… » de Rubella Ballet. Pour Chillin Wiv Da Man Dem, c’est un vieux morceau de soul dont j’ai réécrit les paroles.  

C’est toujours très dance, en Angleterre les rappeurs ont beaucoup moins de problème de crédibilité avec les sons dance qu’aux Etats-Unis, je ne parle même pas de la France…
Dizee Rascal : C’est parce que ça a toujours fait partie du son UK. A l’époque des raves,  quand  j’ai commencé, on rappait tous sur le de la garage et encore avant ça sur drum and bass… ce n’est qu’une continuité.

Et la bassline, la fidget, tout ce son anglais ne s’entend pas sur ton album...

Dizee Rascal : C’est trop souvent mal produit. Je suis au courant de dance music mieux produite. Moi j’ai l’opportunité de travailler avec des pointures comme Tiesto qui a produit Bad Behaviour. J’estime que je n’ai pas besoin de suivre cette mode, il n’y a rien d’incroyable dans la funkyhouse, la bassline et tout ces trucs…

La bassline, c’est qu’une resucée de la garage non ?
Dizee Rascal : Complètement. Rien d’extraordinaire. Pour Bonkers, si j’ai fait truc qui sonne 90’, je l’ai fait avec un plus gros son, avec plus d’impact.

Tu sors toujours dans les clubs, les raves ?
Dizee Rascal : Oui, les soirées drum and bass. Il y a beaucoup d’énergie. Pas de poseurs comme dans les soirées hip hop ou bassline. Bon, c’est vrai qu’il y a beaucoup de meufs mieux dans ces soirées… Et puis les raves grime ou dubstep, je sais même plus où elles ont lieu…

Tu sors où ?
Dizee Rascal : Fabric, c’est là que je me sens le plus à l’aise.

Le rap est un sport de jeune, tu te vois comment dans dix ans ?
Dizee Rascal : Tu peux toujours être pertinent après trente ans. Regarde Jay-Z, regarde Snoop. Snoop n’a peut-être rien fait d’extraordinaire récemment, mais il est toujours là. C’est pour ça que je me diversifie dès maintenant, pour toujours être toujours pertinent dans dix ans… En fait, oublie les rappeurs, moi je veux pouvoir me comparer à des popstars comme Madonna. Elle est toujours là. Elle prend ce qu’il y a de mieux à chaque étape de sa carrière. Elle travaille avec des artistes de l’underground et les met sur le devant de la scène. Je veux faire pareil. D’ailleurs, franchement, je te mets au défi de trouver un meilleur album de rap que le mien cette année. En terme de skillz, de production, d’éclectisme, etc.

Tu parles beaucoup d’argent, surtout de la façon dont tu le dépenses. Mais comment tu le gagnes ? Qu’est-ce qui paye, les concerts ? les ventes ?
Dizee Rascal : Les concerts et les ventes aussi.

On parle pourtant de la crise du disque, des labels qui virent des gens à la pelle, etc.
Dizee Rascal : Je m’en fous, j’ai mon propre label. Je possède tout, les éditions… tout.

Après les baskets, tu fais de plus en plus de métaphores autour des voitures...
Dizee Rascal : Je suis de plus en plus dans les voitures c’est vrai.

Qu’est-ce que tu aimes comme voiture, les allemandes ?
Dizee Rascal : Oui,  les Allemandes.

Pas les Anglaises ?
Dizee Rascal : Y encore des bonnes voitures anglaises ?

Oui, Aston Martin !
Dizee Rascal : Ouais.

MG ?
Dizee Rascal : C’est vrai que les MG…

Jaguar ?
Dizee Rascal : Y en a  quelques-unes de pas mal… les vieilles ouais. Mais j’aime les Porsche…

Jeremy Paxman (célèbre animateur de débats à la BBC, ndlr) t’a invité dans son émission au moment de l’investiture d’Obama. Pourquoi t’ont-il choisi à ton avis ?

Dizee Rascal : Peut-être parce que je suis un des jeunes Noirs les plus pertinents d’Angleterre… peut-être même le plus pertinent.

Pour revenir à ton écriture, j’ai toujours senti beaucoup d’ironie dans tes textes. Un peu comme chez Jay-Z par exemple. C’est assez rare chez les rappeurs. Je me trompe ?
Dizee Rascal : Absolument pas.  Je suis sur 360 degrés. Certains croient que c’est juste de la vantardise. Mais ça n’est pas que ça. Je n’ai pas peur de ne pas me prendre au sérieux. Mais je le fais très sérieusement…

Pour moi Dizzee Rascal est une sorte de « trickster » dans le rap…
Dizee Rascal : Exactement. Tu ne sais jamais où ni comment je vais arriver… C’est comme ça que j’arrive à durer.
 
 
Clip - Bonkers, 2009
 

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Clip -  I Luv You, 2004
 

 
 
Par Gaspard Mouret // Photos: DR.



Les commentaires sont modérés.
Rien de grave, il suffit juste d'éviter
les mots grossiers, les insultes et d'avoir
lu l'article en question.


 
Anonyme 2009-09-15 13:35:16
Le Grime est mort! Vive le Grime!
Kaze 2009-09-15 19:41:40
Dope interview!
Braque PPD  - Not 2009-09-16 01:35:44
"C’est trop souvent mal produit. Je suis au courant de dance music mieux
produite. Moi j’ai l’opportunité de travailler avec des pointures comme
TIESTO qui a produit Bad Behaviour"

Je ne me souviens plus quel mot on
utilisait pour décrire un effet stylistique employant deux contraires dans une
mêm phrase.
Nobrü 2009-09-16 16:30:21
Bonne intw. On dit Chili (1 "l", pas de "y")
ffff 2009-09-16 20:11:04
djearr ,, c'est ton homis dizzy maintenant

supe itw
gilbert 2009-09-16 21:05:18
Si l'on excepte les approximations en tous genres ("Dizee Rascal",
"In da Corner"), les traductions suspectes et autres formulations
syntaxiques hasardeuses ("je suis au courant de dance music mieux
produite") et les constats à 2 balles qui se prennent pour des questions
("la bassline, c'est qu'une resucée de la garage, non?"), il reste une
interview absolument passionnante :)
??????? 2009-09-20 22:58:02
"poseurs"

de bouteille?

il y a moin d'energie avec de l'alcool
et plus
de meuf????
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