Portfolio
Alexandre Orion
Lundi, 21 Septembre 2009



Peux-tu te présenter en quelques mots ?
Orion :
Je suis né en 1978 dans le quartier sud de São Paulo au Brésil. J’y ai fait mes premiers pas dans le street art. Je devais avoir quatorze ans. A cette époque, je peignais selon mes humeurs. Mon style était très libre, même s’il y avait déjà une dimension sociale et politique. En 2001, j’ai commencé à travailler sur un projet que j’ai intitulé “Metabiotica”.

Quelle a été ta première rencontre avec l’art ?
Orion : Je crois que tous les enfants rencontrent l’art quand ils apprennent à dessiner. Ce qui se passe, c’est que la plupart des enfant arrêtent de dessiner, mais moi, pour je ne sais quelle raison finalement, je n’ai jamais arrêté. Depuis, je suis diplômé d’Arts Visuels. Mais dans mon cas, cette école d’art a plus compté pour les rencontres que j’y ai faites que pour ce que j’y ai vraiment appris.

Peux-tu nous décrire la vie à São Paulo ?
Orion : São Paulo est une ville pleine de contrastes. Il y existe un vrai fossé entre les classes riches et la misère du peuple. Il y a une forte une opposition entre nature et pollution, beauté et abandon… Ce sont toutes ces discordances qui m’inspirent. A São Paulo, tu croiseras des SDF, des gens promenant leur chien en toute insouciance, une extrême pollution de l’air, une omniprésence du sexe… Tout ça peut ressembler à l’environnement de la plupart des capitales du monde. Mais dans les pays du tiers-monde, ces situations sont exaltées par le manque de structures, la mauvaise répartition, que dis-je, le grand écart entre les revenus, l’accès à l’éducation, la culture, la santé… São Paulo est malheureusement l’endroit idéal pour réfléchir à ces injustices. Dans mon travail, j’essaie de faire ressortir cette réflexion que je conçois comme universelle et indispensable à chacun d’entre nous.



Peux-tu revenir sur ton projet “Metabiotica” ?
Orion : Le concept est simple. Je peignais des pochoirs dans différents recoins de la ville et j’attendais le moment-clé où une interaction spontanée se créait entre les passants et l’illustration sur le mur. Selon le lieu de la scène, la situation peut s’avérer comique ou empreinte d’une critique sociale. J’immortalisais cet instant en photo. Et le résultat est bien souvent meilleur que celui que j’imaginais. Si devais “controler” les personnages, tout serait différent et mon travail perdrait de sa beauté. Le public est à la fois le sujet et le co-auteur de ces œuvres. Ce projet a été exposé à São Paulo, Paris, Rotterdam, New York, Miami et San Francisco.

Suis-tu l’actualités d’autres street artists tels que Banksy, JR, Obey… ?

Orion : J’ai énormément de respect pour les artistes qui utilisent l’univers urbain comme terrain de création. C’est de cette façon que nous pouvons étendre l’horizon de l’art en le rendant accessible au plus grand nombre. Evidemment, je connais et j’admire le travail de ces autres street artists. Mais ceux ne sont pas eux qui m’inspirent. Bien plus mon environnement. Je regarde la ville, les gens, les voitures passer… J’essaie de comprendre les soucis des gens mais aussi ce qui les fait rire, pour mieux le transmettre dans mon travail et ainsi interpeller la société.



Peux-tu revenir sur cette performance “Art Less Pollution” dans le tunnel d’Ossario ?
Orion :
L’idée d’Ossario est née il y a de cela trois ans. La municipalité avait construit ce tunnel. Il était tout jaune à son inauguration. Puis nous l’avons vu devenir de plus en plus gris. En très peu de temps, ses murs ont été complètement recouverts par la suie. J’ai été clairement choqué par cette pollution. Dans un premier temps, j’ai opéré par substraction en enlevant la pollution sur les murs pour y faire apparaître des têtes de mort. Puis, avec les chiffons utilisés, j’ai récupéré la suie. Alors, j'ai lavé les chiffons, attendu que la suie se décante, que l’eau s’évapore, jusqu’à ce qu’il ne reste que de la suie noire… Celle qui sort des pots d’échappements. Cette substance toxique apparemment inutile est ensuite mixée dans un blinder pour en faire de la peinture que j’utilise dans ma série de peintures “Art Less Pollution”. Tout ceci pour montrer que tout ce trafic paraît anodin et inoffensif, mais voyez ce qu’il engendre.

La dimension graphique du message est très marquante ?
Orion :
En fait, je faisais référence aux sites archéologiques. Je voulais utiliser cette pollution pour faire apparaître une catacombe. Pour démontrer aux gens que la tragédie de la pollution se produit en ce moment. Ces crânes nous représentent tous.

Ta performance est immortalisée en vidéo et tes pochoirs en photos. Que penses-tu de ces œuvres éphémères ?
Orion :
Le côté éphémère est juste la conséquence de l’art que j’ai décidé de pratiquer. Et ceci ne me dérange pas. Je pense que c’est l’argent et son pouvoir qui définit les zones et quartiers d’une ville et le profil de ses habitants. L’argent érige des barrières entre la périphérie et le centre ville. Et tu sais, tout le monde n’est pas forcément le bienvenu dans certainers zones publiques, tout comme dans certaines galeries. Moi je veux croire que tout espace est public. Et quand tu peins quelque chose dans la rue, même si cela ne dure que deux secondes, cet instant peut être gravé à jamais dans la mémoire des gens.



Sao Polo a une vraie particularité dans le street art avec le mouvement "pixação"...
Orion :
Beaucoup de mes amis sont des “pixadores”. J’ai moi-même pratiqué “pixação” quand j’étais ado mais je n’ai jamais été totalement investi dans ce mouvement. Dès le début, mes peintures étaient pleines de couleurs. Dans tous les cas, la “street culture” est un mix de tous ces mouvements. C’est une erreur de vouloir dissocier art, graffiti et pixação. Chacun existe pour interpeller la société. Par ailleurs, je suis le directeur artistique d’un documentaire sur le “pixação” intitulé Pixo. Vous pouvez le voir en ce moment à "Né dans la rue" à la Fondation Cartier. Ainsi que ma vidéo d’Ossario.

Tu es en France pour l’exposition "São Paulo, mon amour"...
Orion :
La sélection artistique est géniale et montre une intéressante facette de la production artistique de São Paulo. J’y présente pour la première fois mes “Pollugraphies”. Une série de toiles directement réalisées à partir des pots d’échappement. Mais l’art est difficile à expliquer, le mieux est encore de venir apprécier par vous-même. Et c’est gratuit.

Tu restes quelques semaines à Paris, as-tu prévu des actions ici ?
Orion :
J’ai beaucoup d’idées en tête. Attendons et voyons ce qui se passera.


++ www.alexandreorion.com

Exposition “São Paulo, mon amour”?du 11 au 26 septembre à la maison des Metallos 94, rue Jean-Pierre Timbaud - 75011 Paris
Entrée libre
 

 


Propos recueillis par ToNYoX



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