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La Vida Loca ou le Chemin qui Mène Directement à la Mort
Samedi, 26 Septembre 2009

Le destin est parfois une sacrée garce. Le 2 septembre dernier, moins d’un mois avant la sortie mondiale de son documentaire criant d’humanité sur la Mara 18, un de ces gangs ultra-violents qui foutent le Salvador à genoux, Christian Poveda était retrouvé inerte, gisant dans sa caisse, le corps criblé de balles. Un assassinat d’une sauvagerie malheureusement proportionnelle à la tarte psychologique ressentie au sortir du film.
Petit pays de 5,8 millions d’habitants, coincé entre le Honduras et le Guatemala, le Salvador est un état qui aurait tout pour incarner la carte postale touristique, mais qui dans les faits galère passablement à se relever d’un guerre civile dévastatrice ayant coûté la vie à plus de 100 000 de ses citoyens entre 1980 et 1992. Et puis il y a les gangs, toujours en guerre, la Mara Salvatrucha et la Mara 18. De sources policières, les 2 factions totalisent 15 000 membres répartis dans tout le pays, dont une bonne moitié qui croupit dans les geôles locales. Au quotidien, cet affrontement sans trêve se traduit par des cadavres à la pelle qui font le bonheur des négociants funéraires. Rien que pour l’année 2008, l’Institut de Médecine Légale dénombre un total de 3174 homicides dans le pays. Avec un taux de 92 homicides pour 100 000 habitants, le Salvador détient ainsi le triste record du taux d’homicide le plus élevé d’Amérique Latine – et même le deuxième mondial – pour la tranche des 15-24 ans. Si on ne peut attribuer exclusivement cette triste réalité aux gangs eux-mêmes, une part de leur responsabilité est clairement engagée.

« La 18 es amor » ?
Une fois cette réalité merdique intégrée, difficile de qualifier le film de Christian Poveda avec un autre adjectif que couillu. Grâce à l’aide d’anciens « pandilleros » (membres des gangs), l’aval des plus hautes autorités du gang et l’autorisation de la police, Poveda a pris tous les matins, un an durant, la route de la Campanera pour filmer le quotidien des jeunes membres d’une « cliqua » de la Mara 18. Située dans les faubourgs de San Salvador, la capitale du pays, la Campanera est le théâtre bien réel de vies rythmées au son de balles qui sifflent, de menottes qui cliquettent et de sanglots qui raisonnent au cours d’enterrements qui s’enchaînent et se ressemblent. La Vida Loca dépeint une réalité si dure avec un esthétisme pourtant si pur, qu’il en paraît quasi-fictionnel. Les morts successives de certains des protagonistes principaux sont pourtant de cruelles piqûres qui nous rappellent que le sacerdoce de pandillero revient à signer son arrêt de mort, souvent avant les vingt-cinq ans. Observer le fonctionnement de la Mara revient assurément à sombrer dans un enchevêtrement de vies d’hommes comme de femmes, brisées par la société, la violence, la prison et la mort. Si certains des membres tentent bien de se réinsérer en participant à des initiatives sociales – comme la création d’une boulangerie de quartier –, le passé aussi bien que la police finissent toujours par les rattraper, symbole d’une fatalité à laquelle nul ne semble pouvoir échapper. Seule l’omniprésence de la figure de Dieu – par le biais des enterrements, des multiples prédicateurs et autres prêtres de l’univers carcéral – s’impose comme un repère pérenne pour ces gamins paumés. Las, ces jeunes adultes voués à une mort brutale tentent de se convaincre que « la 18 es amor », là où elle n’est que synonyme de drames et de désolation.

Rumeurs et copies pirates
Christian Poveda, en réalisant La Vida Loca, a signé un grand documentaire qui lui a pourtant sans aucun doute coûté la vie. Quatre membres de la Mara 18 ainsi qu’un policier viennent d’être arrêtés dans le cadre de l’enquête. Certaines hypothèses avançant que Poveda aurait été assassiné après qu’un policier proche du gang ait fait courir le bruit que le reporter informait les autorités des activités illégales ont rapidement été démenties. Plus vraisemblablement, il semble, aux vues des premières avancées de l’enquête, que l’ordre d’assassiner Christian Poveda ait émané directement de Nelson Lazo Rivera, « haut dignitaire » du gang condamné à une lourde peine de prison. Des copies du film – qui ne devait pas sortir au Salvador afin de protéger les protagonistes – se sont en fait rapidement retrouvées sur le marché noir, et les revendeurs ont été tenus de verser une rente sur chaque vente, faisant passer le prix de 1 à 5 dollars. Poveda, conscient du risque pesant sur sa vie, serait alors entré en contact avec certains protagonistes de son film pour tenter d’arranger les choses. Malheureusement pour lui, la mort de certains d’entre eux, combinée à l’arrestation d’autres, a fait émerger une nouvelle hiérarchie plus radicale, avec laquelle il n’a jamais eu aucun accord. La rumeur combinée à ces deux faits a sans doute signé son arrêt de mort. Christian Poveda avait cinquante-quatre ans.
 
 
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La Vida Loca de Christian Poveda (2008) – Sortie le 30 septembre 2009.
 
 
 

Par Loïc H. Rechi.


Les commentaires sont modérés.
Rien de grave, il suffit juste d'éviter
les mots grossiers, les insultes et d'avoir
lu l'article en question.


 
Rumba#1 2009-09-26 17:33:34
R.I.P Mr Poveda.
Le journalisme de qualité, implicant temps, honnêteté &
prise de risque évidente est quelquechosee de rare dans l'environnement actuel
de la presse. Le voyeurisme, vite fait, en caméra caché avec montage pub &
sans réel intérêt porté vers le sujet traîté, ça, ça paye.
La mort de
cet homme avec des burnes & surtout des idées nous rappelle que le journalisme,
demeure encore un sacerdoce pour quelques rares individus de qualité, ce
qu'était incontestablement Christian Poveda.
CAPA TV  - Reportage sur Poveda dans Envoyé Spécial 2009-09-28 14:04:41
« Carnets de route : Christian Poveda, le chemin de la vérité » : un
documentaire de F. Faux et S. Baumann le jeudi 01/10 à 20h35 dans Envoyé
Spécial sur France 2
toutes les infos sur : http://blog.capatv.com
Alex  - Photos La Vida Loca 2009-09-28 14:55:24
Plusieurs photos de Christian Poveda
ici:
http://idisk.mac.com/christianpoveda/Public/L aVidaLoca/index.html
La courgette  - Une claque 2009-09-30 12:16:45
J'ai assisté il y a un an et demi à la présentation partielle de son
documentaire, au festival Etonnants voyageurs à Saint-malo. Mr Poveda revenait
juste du salvador et nous expliquait la terreur que vivait les jeunes de ce
pays, par encore membre des gangs mais voué par la pression des membres à
renforcer les rangs pour la 18 ou la MS! C'est tragique, c'était un homme qui
avait un grande humanité et qui a réussi à faire un documentaire qui montre
la dure réalité de certains. Son film devait être à Cannes en 2008 mais à
été rejeté pendant la festival, c'est bien dommage.
zulunation  - hep hep hep 2009-10-01 19:23:12
Ce texte commence par une citation non créditée de Ben Linus dans Lost (fin de
la saison 4) : "Destiny is a fickle bitch." Non mais. Sinon, ce doc a
l'air formidable.
Bertrand Gilot (l'avis du psy 2009-11-06 00:08:12
bonjour Loïc, je découvre seulement aujourd'hui cet article, manifestement
nous avons été percutés par les mêmes thèmes... puis-je me permettre une
page de publicité sur mon évocation psycho-machin du film de C.Poveda
?

http://bertrand.gilot.over-blog.com/article-la-
vida-loca-l-enfer-du-decor--37533942.html
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